Le Nigeria et le Niger coordonnent une campagne de vaccination le long de leur frontière commune, a rapporté APA ce mercredi.
Pour les familles vivant à proximité de la frontière, les déplacements entre les deux pays font partie du quotidien : les habitants rendent visite à leurs proches, commercent sur les marchés locaux et se déplacent avec leur bétail à la recherche d’eau et de pâturages.
Ces déplacements peuvent perturber la vaccination infantile et retarder la détection des épidémies, augmentant ainsi le risque de propagation des infections entre les communautés.
Lorsque Aisha Iliyasu a emmené son fils de deux ans dans un poste de vaccination près de la frontière entre le Nigeria et le Niger, elle craignait que les mois passés à voyager avec le bétail familial ne lui aient fait manquer certaines vaccinations de routine. Grâce à une action coordonnée des équipes de santé des deux pays, les agents ont vérifié le carnet de vaccination de l’enfant et lui ont administré les vaccins nécessaires.
Pour des familles comme celle d’Aisha Iliyasu, la coopération transfrontalière permet aux enfants de bénéficier de services de santé essentiels, même lorsqu’ils se déplacent régulièrement entre différentes communautés et différents pays.
Abubakar Sani Magaji, un responsable communautaire de Mazanya, dans la zone de gouvernement local de Jibia, dans l’État de Katsina, souligne le caractère vital de cette coordination. Mazanya est une localité frontalière située au nord-ouest du Nigeria. M. Magaji est conscient que lorsque les populations et le bétail traversent la frontière, les risques sanitaires peuvent les accompagner. Protéger les enfants nécessite donc une collaboration entre les équipes de santé des deux côtés de la frontière.
« Nos communautés sont étroitement liées et les gens traversent la frontière chaque jour. Pour protéger nos enfants, nos pays doivent collaborer, partager rapidement les informations, vacciner les enfants où qu’ils se trouvent et alerter les agents de santé dès l’apparition de signes de maladie. Ce qui protège une communauté finit par protéger l’autre », a déclaré M. Magaji.
C’est cette responsabilité partagée qui a guidé la réunion trimestrielle sur la surveillance transfrontalière et la synchronisation de la vaccination de routine, organisée dans l’État de Katsina. Les autorités sanitaires du Nigeria et du Niger ont convenu de mesures coordonnées pour atteindre les enfants n’ayant reçu aucun vaccin de routine, soutenir ceux ayant manqué des doses recommandées, détecter précocement les menaces sanitaires et renforcer la réponse aux épidémies au sein des communautés mobiles et difficiles d’accès.
Cette initiative soutient le cadre nigérian de surveillance intégrée des maladies et de riposte, qui favorise la coordination transfrontalière, la détection précoce, le signalement, l’analyse des données et les actions de santé publique. Elle contribue également au Programme mondial pour la vaccination à l’horizon 2030 (Immunization Agenda 2030), une stratégie mondiale visant à garantir que chacun, partout, puisse bénéficier des vaccins, en accordant une attention particulière aux populations mal desservies.
Transformer les risques partagés en actions coordonnées
La réunion a rassemblé 70 participants, dont 24 représentants du Niger et 46 de l’État de Katsina. Les participants représentaient six zones de gouvernement local frontalières et comprenaient des responsables de la surveillance et de la vaccination, des équipes de promotion de la santé, des épidémiologistes de l’État, ainsi que des représentants de l’Agence de développement des soins de santé primaires de l’État de Katsina, du Centre nigérian de contrôle et de prévention des maladies, du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), de Solina, de l’Organisation mondiale de la Santé et d’autres partenaires.
Selon les données de surveillance présentées lors de la réunion, les autorités sanitaires ont enquêté sur 78 cas signalés de paralysie flasque aiguë dans l’État de Katsina et sur 56 cas dans les régions voisines de Maradi et de Zinder, au Niger. La paralysie flasque aiguë se caractérise par l’apparition soudaine d’une faiblesse ou d’une paralysie. Les équipes de surveillance enquêtent sur chaque cas signalé, le considérant comme un signe potentiel de poliomyélite.
Les données incluent également des cas suspects de rougeole et de diphtérie, ainsi que des cas confirmés de méningite cérébro-spinale. Les participants se sont appuyés sur ces résultats pour identifier les risques communs, renforcer la notification des maladies et cibler les communautés nécessitant un soutien coordonné.
« La collaboration transfrontalière est essentielle pour gérer les épidémies telles que la diphtérie, la rougeole et la méningite cérébro-spinale, en particulier au sein des communautés très mobiles », a déclaré le Dr Abdulnasir Hamza, coordinateur de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’État de Katsina.
Avec le soutien technique de l’Organisation mondiale de la Santé et de ses partenaires, les autorités sanitaires des deux pays ont examiné les résultats de la surveillance et convenu d’un cadre d’action conjoint. Ce cadre définit des priorités communes en matière de planification, de mise en œuvre, de partage d’informations et de suivi dans les communautés frontalières.
Des lacunes identifiées à l’action conjointe
Ce cadre vise à identifier les localités, les populations mobiles et les enfants qui échappent aux services de vaccination. Il favorise également un échange plus rapide des informations de surveillance, l’extension des services de vaccination dans les communautés mal desservies et le signalement, par les communautés elles-mêmes, de maladies inhabituelles et d’autres signes avant-coureurs.
Les autorités sanitaires du Nigeria et du Niger vont organiser des réunions trimestrielles d’examen transfrontalier et utiliser des indicateurs convenus d’un commun accord pour suivre la couverture vaccinale, identifier les lacunes et prendre des mesures correctives.
Cette collaboration couvre six collectivités locales et districts, comprenant 102 localités réparties dans 24 circonscriptions au Nigeria et 99 localités au Niger.
Elle a également soutenu des interventions conjointes face aux épidémies, notamment une campagne de vaccination réactive à la suite d’une épidémie de choléra à Madaroufa, dans la région de Maradi, coordonnée avec la collectivité locale de Jibia, dans l’État de Katsina.
Au cours de la campagne de vaccination conjointe menée en août 2026, les équipes sanitaires ont vacciné environ 94 % des enfants ciblés contre la poliomyélite et leur ont administré les vaccins prévus dans le calendrier vaccinal de routine.
Construire une frontière plus saine et plus sûre
Alors que les familles continuent de traverser la frontière entre le Nigeria et le Niger pour le commerce, l’agriculture et le pastoralisme, une coopération soutenue entre les autorités sanitaires restera essentielle. En partageant les informations, en coordonnant les services de vaccination et en réagissant rapidement aux menaces sanitaires, les deux pays contribuent à garantir la protection des enfants et des communautés de part et d’autre de la frontière.
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