À Haï El Bina, quartier résidentiel de Dély Ibrahim à Alger, la densification immobilière accélérée révèle les failles du contrôle urbanistique et interroge la responsabilité des autorités locales dans la préservation de l’ordre urbain et du cadre de vie.
À l’ouest d’Alger, dans la commune huppée de Dély Ibrahim, le quartier de Haï El Bina connaît une mutation brutale. Des villas individuelles laissent place à des immeubles de grande hauteur, parfois érigés au cœur d’un tissu pavillonnaire historiquement limité à R+2.
Selon plusieurs riverains, les opérations de démolition s’enchaînent à un rythme soutenu, souvent à la suite du décès des propriétaires, ouvrant la voie à des transactions rapides avec des promoteurs immobiliers.
Sur le terrain, les habitants dénoncent une transformation jugée excessive et mal encadrée. Vibrations liées aux travaux de terrassement, fissures dans les habitations voisines, obstruction de la lumière naturelle et congestion des voies étroites constituent les principales doléances exprimées.
«Nous avons l’impression que le quartier change sans concertation», confie un résident installé depuis plus de quinze ans. Les collectifs de riverains évoquent un sentiment d’abandon face à des chantiers qu’ils estiment disproportionnés au regard de la configuration initiale de la zone.
L’Assemblée populaire communale (APC) de Dély Ibrahim, pour sa part, affirme agir conformément au Plan d’occupation du sol (POS), visé en 2023. Le vice-président chargé de l’urbanisme indique que l’approche actuelle repose sur une logique d’îlots, permettant une variation des hauteurs selon la localisation. Il reconnaît néanmoins une évolution notable du cadre réglementaire, les promoteurs n’étant plus soumis aux mêmes cahiers des charges stricts qu’auparavant.
Sur le plan juridique, la loi 90-29 relative à l’aménagement et à l’urbanisme établit une hiérarchie claire entre le Plan directeur d’aménagement et d’urbanisme (PDAU) et le POS, ce dernier devant se conformer aux orientations du premier.
Des spécialistes de l’urbanisme pointent cependant des divergences d’interprétation ou des zones d’ambiguïté exploitées pour densifier certaines parcelles. Cette situation alimente une spéculation foncière accrue dans des quartiers à forte valeur immobilière.
Au-delà de l’enjeu architectural, la question devient sécuritaire au sens large: stabilité des sols, conformité des études géotechniques, capacité des réseaux d’assainissement, sécurité routière et accès des services d’urgence. Les habitants réclament un contrôle renforcé des autorisations de construire, une transparence accrue dans l’élaboration des POS et un arbitrage clair entre impératifs de développement urbain et protection du cadre résidentiel.
À Haï El Bina, la controverse dépasse le simple débat esthétique: elle renvoie à la capacité des institutions à garantir l’équilibre entre intérêt privé et intérêt collectif dans un contexte de pression immobilière croissante à Alger.
MK/AK/APA







