Le président algérien a présidé le premier Conseil des ministres du gouvernement Sifi Ghrieb. Derrière les promesses d’efficacité et de coordination, persistent les doutes sur la capacité réelle de l’exécutif à répondre aux défis structurels du pays.
Le chef de l’État algérien, Abdelmadjid Tebboune, a réuni dimanche le nouveau gouvernement conduit par Sifi Ghrieb, une semaine après sa nomination. Cette première séance, solennelle et largement médiatisée, a donné lieu à une succession de déclarations de principes et d’instructions censées placer « le citoyen au cœur de l’action gouvernementale ». Le président a insisté sur la « crédibilité auprès de l’opinion publique » et sur la nécessité d’atteindre des « solutions durables », rejetant ce qu’il qualifie de « populisme et de promesses vaines ».
Pourtant, derrière le vernis rhétorique, les fragilités structurelles du modèle algérien demeurent entières. L’économie, hypertrophiée par la rente gazière, peine à diversifier ses bases productives malgré les discours récurrents sur «
l’émergence ». L’annonce d’un objectif de 400 milliards de dollars de PIB à l’horizon 2027 illustre plus une volonté d’affichage qu’une trajectoire crédible : les dépendances énergétiques, la faiblesse de l’investissement productif et le recul de l’attractivité étrangère placent l’Algérie loin de ses ambitions.
Le président Tebboune a ordonné la préparation de plans d’action sectoriels pour les prochains Conseils des ministres. Mais les observateurs rappellent que les feuilles de route successives, depuis le début de son mandat, se sont souvent heurtées à un double écueil : une administration centralisée, peu réformée, et des blocages politiques liés à l’absence de contre-pouvoirs effectifs. La mise en avant d’une « coordination totale » entre ministères traduit moins une stratégie de gouvernance moderne qu’une volonté de resserrer le contrôle présidentiel sur l’ensemble de l’exécutif.
Sur le plan social, la rhétorique de « mettre le citoyen au centre » contraste avec une réalité marquée par l’érosion du pouvoir d’achat, des tensions inflationnistes persistantes et une jeunesse confrontée au chômage massif. Les promesses d’« immunité globale » et de « front interne » renforcé révèlent une logique de sécurisation politique davantage qu’une réforme en profondeur des structures économiques et sociales.
La photo officielle concluant ce premier Conseil des ministres, largement relayée par la presse d’État, illustre une fois de plus le penchant du régime pour les symboles et la mise en scène. L’Algérie, selon le discours présidentiel, ne serait pas guidée par « l’austérité » mais par une « gestion intelligente ». Pourtant, les chiffres macroéconomiques et les blocages institutionnels laissent planer un doute sérieux sur la capacité du gouvernement Ghrieb à transformer des slogans en résultats tangibles.
MK/Sf/APA







