Le Royaume du Maroc structure une filière portuaire intégrée pour accompagner la décarbonation du transport maritime et de l’industrie lourde.
Le Maroc accélère le positionnement de ses infrastructures portuaires comme carrefours stratégiques de l’hydrogène vert, dans un contexte de transformation du transport maritime mondial. Selon la Banque mondiale, l’industrie maritime «se trouve à un moment critique» et doit concilier hausse des flux commerciaux et réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Les dérivés de l’hydrogène, notamment l’ammoniac vert et le méthanol, sont identifiés comme des carburants alternatifs prometteurs pour répondre aux objectifs climatiques internationaux.
La stratégie nationale, pilotée par Masen et le Cluster Green H2, associe plus de quatre-vingts entreprises et institutions publiques et privées. Elle vise à structurer un écosystème complet couvrant la production, le stockage, la transformation et l’exportation des molécules vertes.
Selon les analyses de la Banque mondiale, le développement de cette filière pourrait générer des emplois qualifiés, des revenus supplémentaires et des effets d’entraînement sur l’accès à l’électricité et à l’eau potable dans les territoires d’implantation.
Quatre ports concentrent l’essentiel des perspectives. Tanger Med, situé au détroit de Gibraltar, traite environ 1,5 million de tonnes de carburant fossile par an et se positionne comme futur centre de soutage vert pour les navires transitant sur l’un des corridors maritimes les plus fréquentés au monde.
Jorf Lasfar, pivot logistique de l’industrie lourde et plateforme d’importation d’ammoniac pour OCP Group, gère près de deux millions de tonnes d’ammoniac par an et pourrait intégrer progressivement des dérivés issus de l’hydrogène vert dans ses chaînes de valeur.
Le port de Mohammedia bénéficie, pour sa part, de cavités salines propices au stockage massif, solution considérée comme économiquement compétitive avec un différentiel estimé à 0,16 euro par kilogramme par rapport à d’autres modes souterrains. Enfin, Tan-Tan dispose d’un potentiel solaire et éolien élevé, favorable à une production compétitive destinée à l’exportation ou à l’alimentation des autres plateformes nationales.
Au plan international, l’International Energy Agency estime que le Maroc pourrait produire de l’hydrogène vert à un coût compris entre 1,5 et 2,5 dollars par kilogramme à l’horizon 2050, certains scénarios évoquant des niveaux plus bas selon les gains technologiques. La demande européenne, portée par l’initiative European Commission à travers REPowerEU, prévoit plus de dix millions de tonnes d’hydrogène renouvelable importé annuellement dès 2030.
MK/AK/Sf/APA






