En appelant son nouveau gouvernement à placer « les préoccupations des citoyens » au centre de l’action publique, Abdelmadjid Tebboune réactive un discours qu’il martèle depuis 2019, sans parvenir à dissiper le fossé persistant entre annonces sociales et vécu quotidien des Algériens.
Le président Abdelmadjid Tebboune a exhorté son nouveau gouvernement, lors du Conseil des ministres du 21 septembre 2025, à placer « les préoccupations des citoyens » au cœur de son action. Présentée comme la pierre angulaire de son mandat depuis 2019, cette orientation sociale est affichée comme un gage de stabilité, mais elle peine à se traduire par des avancées concrètes pour une large partie de la population.
Le chef de l’État revendique une politique de transferts massifs – plusieurs milliards d’euros chaque année – visant à préserver le pouvoir d’achat et maintenir les prix subventionnés des produits de base, de l’électricité et de l’eau. La loi de finances 2025 a réaffirmé ce choix, en insistant sur la vocation « sociale » de l’État. Mais cette continuité est moins une innovation qu’un héritage historique : aucune équipe dirigeante, depuis l’indépendance, n’a remis en cause ce modèle.
Tebboune cite volontiers le programme des « zones d’ombre » -localités manquant de services essentiels- lancé en 2020, qu’il assure avoir traité à « 82 % » dès 2022. Pourtant, dans de nombreuses localités rurales ou périphériques, les déficits en eau, routes et services publics demeurent criants, témoignant de la fragilité des résultats annoncés.
À chaque discours – devant le Parlement en décembre 2024 ou à Béchar en avril 2025 – le président réaffirme son attachement à la justice sociale et à la dignité des Algériens. Mais la persistance du chômage, la crise des services essentiels et la dépendance à la rente énergétique posent la question de la viabilité de cette stratégie.
Entre rhétorique présidentielle et réalité quotidienne, le « credo social » de Tebboune apparaît surtout comme un outil de communication politique, destiné à rassurer l’opinion dans un contexte socio-économique toujours tendu.
MK/Sf/APA







