L’économiste en chef du groupe Afreximbank (Banque africaine d’import-export), le Dr Yemi Kale, affirme que l’Afrique doit renforcer ses systèmes commerciaux et financiers régionaux pour stimuler l’industrialisation, approfondir les chaînes de valeur et accélérer sa transformation économique.
S’exprimant lors du Forum clients 2026 d’Ecobank Nigeria à Lagos, sur
le thème « Renforcer l’intégration régionale pour la transformation
économique », Dr Yemi Kale, ancien statisticien général du Bureau national
des statistiques du Nigéria, a averti que l’avenir du commerce africain dépendrait non pas du volume, mais de la structure.
« Pendant des décennies, le continent a exporté des matières premières
et importé des produits finis (…) La véritable transformation commence lorsque l’Afrique transforme ce qu’elle produit et participe pleinement aux chaînes de valeur », a-t-il déclaré.
M. Kale a souligné que plus de 70% des exportations restaient des matières premières.
Selon lui, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA)
offrait une opportunité historique, mais nécessitait une architecture
financière adaptée pour réussir.
« Les accords commerciaux ne font pas circuler les marchandises, c’est
la finance qui le fait (…) Sans systèmes de paiement efficaces, sans
financement du commerce et sans réseaux bancaires transfrontaliers,
l’intégration restera un idéal », a-t-il déclaré.
Il a également souligné le rôle des banques panafricaines pour faciliter les transactions.
M. Kale a identifié les déficits d’infrastructures, les coûts logistiques et la fragmentation des réglementations comme des obstacles majeurs, avertissant que les frais de transport sur certains corridors africains représentaient jusqu’à 40% du prix final des marchandises.
« S’il coûte plus cher de transporter des marchandises en Afrique que
de les expédier à l’étranger, notre compétitivité est structurellement
affaiblie », a-t-il affirmé.
Il a également souligné la force démographique de l’Afrique comme un
atout stratégique.
« D’ici 2050, l’Afrique fournira un quart de la main-d’œuvre mondiale », dit-il.
« Si elle bénéficie d’infrastructures, de compétences et de systèmes
numériques adaptés, cette jeune population peut transformer le continent en une puissance mondiale de production et de consommation
», a-t-il déclaré.
Concernant le commerce numérique, M. Kale a décrit la technologie comme un raccourci vers l’intégration et a indiqué que les futures routes commerciales de l’Afrique ne se limitaient pas aux routes et aux ports, mais incluaient également des plateformes et des systèmes de paiement.
Il a ajouté que l’infrastructure numérique réduisait les frictions,
diminuait les coûts et permettait aux petites entreprises de commercer
au-delà des frontières. Il a exhorté les pays africains à passer d’une dépendance aux matières premières à une stratégie de valorisation, citant les opportunités offertes par le raffinage des minéraux, l’agroalimentaire et l’industrialisation verte.
« La question est de savoir si l’Afrique exportera du lithium ou fabriquera des batteries, du cacao ou produira du chocolat. Cette décision déterminera la prospérité du continent », a-t-il déclaré.
M. Kale a souligné que la dynamique multipolaire du commerce mondial
offre à l’Afrique un levier pour diversifier ses partenariats et renforcer le commerce intra-continental.
Il a toutefois averti que la fragmentation de l’Afrique pourrait
compromettre les progrès.
« Le choix est clair : se faire concurrence ou s’unir pour obtenir un
pouvoir de négociation collectif. La transformation du commerce africain repose sur des mesures politiques décisives (…) Si l’Afrique développe ses échanges internes, finance ses corridors commerciaux, harmonise ses systèmes douaniers et parle d’une seule voix lors des négociations internationales, elle passera de la marge aux centres des chaînes de valeur mondiales », a-t-il affirmé.
GIK/Sf/APA







