Réunis à Dakar pour la 9e session du Réseau Africain des Organismes de Bassin (RAOB), les acteurs africains de l’eau font de la coopération transfrontalière un levier central pour répondre aux effets du changement climatique sur les bassins partagés du continent.
Face aux bouleversements climatiques qui fragilisent les ressources hydriques du continent, l’Afrique fait le pari de la coopération pour préserver ses bassins transfrontaliers.
C’est dans un esprit de coopération autour des bassins transfrontaliers que le Sénégal accueille, depuis ce mercredi à Dakar, la 9e session du Conseil du Réseau africain des organismes de bassin (RAOB), une rencontre stratégique réunissant les principales autorités continentales en charge de la gestion de l’eau.
Véritables artères de vie pour des millions de personnes, les bassins partagés sont aujourd’hui confrontés à des pressions multiples et inédites. Pour les acteurs réunis à Dakar, seule une action collective et concertée permet d’y répondre durablement.
« La gestion de l’eau en Afrique ne peut se concevoir qu’à travers le prisme de la coopération, de la vision stratégique et de l’engagement collectif », a déclaré Baboucar Mboundor Ngom, Secrétaire général du ministère sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, lors de la cérémonie d’ouverture.
« Nous avons le devoir historique de préserver nos ressources hydriques, de renforcer la résilience de nos territoires et surtout de garantir aux générations futures un héritage environnemental à la hauteur de leurs attentes », a-t-il martelé.
Il a rappelé que « les bassins transfrontaliers, qui dessinent une grande partie de la géographie hydrologique africaine, exigent une responsabilité commune et constituent à la fois une opportunité unique de renforcer l’intégration régionale, la stabilité et le développement durable de notre continent ».
Pour la Présidente du RAOB, Florence Grace Adongo, la coopération autour de l’eau transfrontalière « contribue directement à la diplomatie, à la paix et à la sécurité, tout en permettant une croissance inclusive, la durabilité et l’innovation ». Elle a rappelé la conviction fondatrice du réseau, créé à Dakar en 2002 : « que la coopération fonctionne. »
Des pressions hydro-climatiques sans précédent

Au-delà de l’enjeu de coopération, les participants ont dressé un constat partagé de l’urgence climatique.
« L’Afrique se trouve confrontée à des défis hydro-climatiques d’une ampleur sans précédent », a souligné M. Ngom.
« Le changement climatique, la pression démographique, les transformations socio-économiques et les tensions croissantes autour des usages multiples de l’eau rappellent, chaque jour davantage, la fragilité de nos bassins hydrographiques », a-t-il ajouté.
La Présidente du RAOB a abondé dans le même sens, estimant que les eaux partagées du continent sont désormais soumises à des « pressions sans précédent ».
« Le changement climatique, la croissance démographique rapide, l’urbanisation et les demandes concurrentes pour l’eau testent nos institutions et notre résolution collective », a-t-elle affirmé, avant de rappeler que « dans ce contexte, les organismes de bassin n’ont jamais été aussi pertinents et stratégiques qu’aujourd’hui. »
Le Haut-Commissaire adjoint de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), qui assure le Secrétariat technique permanent du RAOB, a également alerté sur « des pressions croissantes : changement climatique, variabilité hydrologique, croissance démographique, urbanisation accélérée, besoins énergétiques et alimentaires toujours plus importants ».
L’adaptation climatique comme priorité stratégique
Face à cette situation, l’adaptation au changement climatique s’impose comme l’un des axes majeurs des travaux du réseau.
« Nous croyons que les organismes de bassins, la planification par bassins, sont des lieux essentiels d’intégration de l’adaptation au changement climatique dans nos stratégies, dans nos réflexions sur les infrastructures, dans nos priorités d’action », a expliqué Eric Tardieu, Secrétaire général du Réseau international des organismes de bassin (RIOB).
Selon lui, le RIOB et le RAOB peuvent « continuer à démontrer le rôle et l’efficacité des organismes de bassins pour une meilleure adaptation », rappelant qu’« il n’y a pas de sécurité hydrique sans sécurité écologique, et pas de sécurité écologique sans sécurité hydrique ».
La Présidente du RAOB a, pour sa part, mis en avant plusieurs opportunités stratégiques pour renforcer la résilience climatique du continent : l’appui à la préparation et à l’accès aux financements climatiques, la garantie d’une disponibilité durable de la ressource en eau et l’accès équitable à l’eau pour toutes les populations.
Elle a également appelé à « verdir l’Afrique » à travers une mobilisation de masse encadrée par des politiques publiques cohérentes, afin de renforcer la durabilité des écosystèmes et la résilience des territoires.
Des programmes d’investissement en Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) ont été évoqués, incluant la restauration des paysages, la plantation d’arbres, le développement d’infrastructures équilibrées, la gestion de la pollution et la réhabilitation des écosystèmes.
Un agenda stratégique tourné vers l’avenir
Les travaux du Conseil portent notamment sur l’accélération de l’adaptation climatique, le renforcement des outils de suivi hydrologique et environnemental, l’amélioration des mécanismes de financement durable et la consolidation de partenariats stratégiques.
La session doit valider le plan d’actions stratégique 2026-2035 du RAOB, aligné sur la Vision africaine de l’eau 2063 ainsi que sur les cadres mondiaux, notamment les Objectifs de développement durable et l’Accord de Paris.
Ce nouveau cadre stratégique accompagne l’ambition du réseau de devenir « un réseau de classe mondiale qui influence toutes les politiques et décisions relatives à la gestion durable des cours d’eau transfrontaliers en Afrique ».
La rencontre de Dakar intervient à un moment charnière, à quatre ans de l’horizon 2030 des Objectifs de développement durable, dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et à l’approche de la Conférence des Nations Unies sur l’eau 2026.
Elle précède d’ailleurs la réunion préparatoire de haut niveau de cette conférence, prévue à Dakar les 27 et 28 janvier. Les délibérations se poursuivront jusqu’au 23 janvier, avec l’ambition de doter l’Afrique d’une feuille de route commune pour transformer la crise climatique en une opportunité de coopération renforcée et de développement durable.
ARD/Sf/APA







