Le MAE algérien dénonce « le chantage aux visas » de la part gouvernement français, ajoutant une couche à la crise des visas.
Le ministère algérien des Affaires étrangères a convoqué mercredi le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger, dénonçant ce qu’il qualifie de « chantage aux visas ». Cette réaction, formulée dans un communiqué aux accents virulents, illustre surtout l’enlisement des relations entre Alger et Paris, que la diplomatie algérienne peine à maîtriser.
Dans son texte, le MAE accuse les autorités françaises de gérer les passeports ordinaires algériens « par le chantage, le marchandage et l’intimidation ». Ce ton accusateur, qui vise à rejeter la responsabilité de la crise sur Paris, s’inscrit dans une logique de victimisation déjà observée lors de précédents contentieux, de la suspension de l’accord de 2013 à l’expulsion réciproque de diplomates.
L’ambassade de France avait annoncé mardi que ses effectifs consulaires seraient réduits d’un tiers à compter du 1er septembre, en raison du refus d’Alger d’accréditer la majorité de ses agents diplomatiques. Conséquence directe : les rendez-vous pour le dépôt de visas seront restreints, une décision qui pénalisera avant tout les citoyens algériens désireux de voyager.
Au lieu d’assumer la part de responsabilité d’un blocage entretenu par sa propre politique d’accréditation restrictive, Alger a choisi de dénoncer une « violation » de la Convention de Vienne et d’accuser la France d’avoir initié le différend. Le gouvernement algérien met en avant la « réciprocité », affirmant que Paris bloque depuis deux ans la nomination de ses diplomates. Mais derrière cette rhétorique, l’Algérie s’enferme dans un cycle de confrontation qui fragilise ses relations extérieures déjà éprouvées.
La crise actuelle n’est que le prolongement d’une série d’épisodes tendus : reconnaissance par Paris de la marocanité du Sahara occidental à l’été 2024, incarcération de l’écrivain Boualem Sansal, expulsions croisées de diplomates en avril dernier. Malgré une tentative de réchauffement en mars 2025 lors d’un échange téléphonique Tebboune-Macron, suivie d’une visite du ministre Jean-Noël Barrot, le climat s’est rapidement détérioré.
En multipliant les déclarations tonitruantes et en convoquant les diplomates étrangers à répétition, Alger donne l’image d’un appareil diplomatique davantage tourné vers l’escalade verbale que vers une recherche pragmatique de solutions. Le président Tebboune a lui-même qualifié le dialogue avec son homologue français de « perte de temps », tout en agitant la menace d’une rupture irréversible.
À Paris, Emmanuel Macron a demandé début août la suspension officielle de l’accord bilatéral de 2013 et appelé à une coordination européenne pour limiter l’accès au territoire aux responsables algériens. Cette approche concertée avec les pays de l’espace Schengen risque d’isoler davantage Alger, déjà en butte à des revendications mémorielles récurrentes (archives, essais nucléaires, réparations).
MK/Sf/APA







