L’accès à l’eau et à l’assainissement, la situation des droits humains et les restrictions de l’espace civique sont au cœur du Forum des ONG ouvert jeudi à Dakar, à quelques jours du début de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).
Plusieurs participants venus d’Afrique et d’autres régions prennent part au Forum des ONG, organisé du 8 au 10 octobre, à Dakar, par le Centre africain pour la démocratie et les études des droits de l’homme (ACDHRS). Le Forum doit permettre aux organisations de la société civile de formuler des recommandations à l’intention de la CADHP.
Placée sous le thème « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », la rencontre met l’accent sur un enjeu qui touche à la santé, à l’éducation, à l’égalité et à la dignité.
Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, publié le 19 mars 2026 et intitulé « Water for All People: Equal Rights and Opportunities », souligne notamment que les femmes et les filles assument souvent une part disproportionnée de la collecte de l’eau lorsque les services d’eau, d’assainissement et d’hygiène font défaut.
Au Sénégal, le directeur des Droits humains au ministère de la Justice, Julien Ngagne Ndour, représentant le ministre, a souligné l’importance de l’implication de la société civile dans l’élaboration et le suivi des politiques publiques.
« Les États ont besoin de vous », a-t-il déclaré, invitant les organisations à participer à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques publiques.
Dans le même esprit, John Gbenagnon, directeur de la Stratégie, du développement et de la mobilisation des ressources du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD), a insisté sur la nécessité de renforcer le dialogue entre les pouvoirs publics et les organisations de la société civile, notamment sur les questions liées à l’accès à l’eau et à l’assainissement.
« Il est important de créer le pont, le dialogue entre la société civile et l’État », a-t-il souligné, appelant également à renforcer la redevabilité dans la mise en œuvre des engagements pris par les États.
L’espace civique au centre des débats
Les discussions portent également sur la situation des défenseurs des droits humains et les restrictions de l’espace civique dans plusieurs pays africains.
Dans son rapport « Civic Space and Civilian Populations at Risk in the Central Sahel », publié le 21 juillet 2026, Amnesty International relève notamment des restrictions visant les voix critiques au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ainsi que des atteintes aux libertés d’expression et d’association.
Cette situation constitue l’un des sujets de préoccupation des organisations réunies à Dakar. Jaly Badiane, trésorière générale du mouvement citoyen « Tournons la page »au Sénégal, a estimé que le Forum devait permettre de « porter la voix » des défenseurs confrontés à différentes formes de pression.
Elle a notamment cité les violences numériques, les violences basées sur le genre facilitées par les technologies, les disparitions forcées, l’exil et le harcèlement visant les familles de défenseurs.
Cette situation est également relevée par CIVICUS Monitor. Dans son rapport « People Power Under Attack 2025 », l’organisation indique que 44 des 50 pays et territoires d’Afrique subsaharienne évalués présentent un espace civique classé comme « obstrué », « réprimé » ou « fermé ».
Pour Hannah Forster, directrice exécutive du Centre africain pour la démocratie et les études des droits de l’homme (ACDHRS), la rencontre offre un cadre de concertation permettant à la société civile de renforcer sa participation aux mécanismes africains de protection des droits humains.
Les trois jours de travaux doivent déboucher sur une déclaration commune de la société civile, ainsi que sur des recommandations et résolutions destinées à la CADHP.
La 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples se tiendra, pour sa phase publique, du 12 au 21 octobre à Dakar. Elle examinera notamment la situation des droits humains sur le continent et les relations de la Commission avec les institutions nationales et les organisations non gouvernementales.
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