RDC–Rwanda : l’accord de paix signé à Washington salué par l’ONU malgré une situation explosive dans l’Est
La signature d’un accord de paix entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi, jeudi à Washington, suscite un optimisme prudent à l’ONU. Pour António Guterres, il s’agit d’ « une avancée majeure », même si la réalité sécuritaire dans l’Est congolais demeure dramatique.
Le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a salué vendredi « une avancée majeure » après la signature, la veille à Washington, d’un accord de paix entre les présidents du Rwanda et de la République démocratique du Congo. Conclu sous la médiation du président américain Donald Trump, le texte marque une tentative de rétablir la confiance après une année de tensions croissantes entre Kigali et Kinshasa.
Cet accord intervient dans un contexte particulièrement instable dans l’Est de la RDC, où l’offensive du M23 a profondément modifié les équilibres militaires. Le groupe armé, que l’ONU dit soutenu par l’armée rwandaise ce que Kigali dément fermement contrôle désormais de larges portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris les grandes villes de Goma et Bukavu. Les combats ont provoqué la fuite de centaines de milliers de civils, aggravant une crise humanitaire déjà sévère, entre routes coupées, aéroports fermés et violences sexuelles utilisées comme arme de guerre.
À cette menace s’ajoutent d’autres groupes armés : les ADF affiliées à l’État islamique multiplient les attaques au Nord-Kivu, tandis qu’en Ituri, les milices CODECO intensifient leurs violences. Les groupes d’autodéfense Wazalendo, censés appuyer Kinshasa, sont eux aussi accusés d’exactions, dans un contexte où la MONUSCO forte de 14 000 Casques bleus peine à stabiliser la région.
L’accord signé à Washington s’ajoute aux initiatives déjà menées ces derniers mois : un cessez-le-feu signé le 27 juin dans la capitale américaine, puis une déclaration de principes adoptée le 19 juillet à Doha entre le gouvernement congolais et le M23. Aucun de ces engagements n’a cependant entraîné une réduction notable des combats. António Guterres rappelle que des « progrès significatifs » ont été accomplis dans les processus menés à Doha et sous l’égide de l’Union africaine, exhortant les parties à respecter le cessez-le-feu demandé par le Conseil de sécurité.
La présence à Washington du médiateur de l’Union africaine, le président togolais Faure Gnassingbé, ainsi que de représentants du Qatar, visait à harmoniser ces différentes initiatives. Mais sur les lignes de front de Rutshuru, Sake, Minova ou Masisi, les affrontements se poursuivent et les déplacements de population se multiplient, rendant l’accès humanitaire difficile.
Si l’ONU affirme que la MONUSCO reste prête à soutenir les efforts de paix, le fossé demeure profond entre la dynamique diplomatique internationale et la réalité du terrain. L’accord existe, mais sa traduction concrète en désescalade reste à démontrer.
Les crises entre la RDC et le Rwanda se répètent depuis les années 1990, avec plusieurs processus de paix déjà tentés accords de Lusaka (1999), de Sun City (2002), ou encore feuille de route de Luanda (2022). Malgré ces initiatives, la persistance du M23, le rôle présumé de Kigali, l’enchevêtrement des milices locales et les rivalités régionales ont régulièrement empêché toute stabilisation durable dans les Kivus.
DM/Sf/APA






