Le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a affirmé que son pays avait tourné la page de la France, et défendu son rapprochement avec la Russie, présenté comme un partenariat fondé sur des intérêts mutuels.
« La France est derrière nous », a déclaré Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, dans un entretien diffusé mardi par la chaîne russe RT, en marge du sommet Russie-Afrique à Moscou, où il représente le président burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré.
Le chef du gouvernement a rejeté les critiques selon lesquelles Ouagadougou aurait simplement remplacé Paris par Moscou comme partenaire privilégié.
« Nous avons quitté un type de coopération pour un autre type de coopération », a-t-il affirmé. Il a décrit les relations avec Moscou comme une coopération « honnête, transparente, d’égal à égal et dans l’intérêt partagé des peuples ».
« La Russie n’a jamais colonisé un pays africain », a-t-il ajouté, estimant que la Russie ne cherchait pas à effacer les langues et les cultures nationales.
M. Ouédraogo a opposé cette approche à ce qu’il a qualifié de politique « impérialiste » française. Il a dénoncé des accords déséquilibrés et des rapports de domination hérités, selon lui, de la période coloniale.
« Nous n’avons rien contre le peuple français », a-t-il toutefois précisé, affirmant que le Burkina Faso entendait désormais décider librement de ses choix stratégiques.
Les relations entre Ouagadougou et Paris se sont fortement dégradées depuis fin 2022. Les autorités burkinabè ont notamment obtenu le départ des forces françaises et réorienté leur politique de coopération sécuritaire vers de nouveaux partenaires, dont la Russie.
Priorité à la production locale
Le Premier ministre a également défendu la stratégie économique des autorités burkinabè. Il a mis en avant la mobilisation des ressources nationales et le développement des compétences locales.
La formation, les transferts de technologies et le renforcement des capacités de production figurent, selon lui, parmi les priorités du Burkina Faso. Le pays veut notamment accroître sa production alimentaire et transformer ses ressources minières sur son territoire.
« La première de ces potentialités, c’est le peuple burkinabè », a-t-il déclaré, en citant également la jeunesse et les richesses naturelles du pays.
M. Ouédraogo a par ailleurs rejeté les prévisions pessimistes qui avaient accompagné la rupture avec la France et le retrait de certains dispositifs de coopération.
« Le Burkina Faso ne s’est jamais porté aussi bien qu’aujourd’hui sur le plan économique, sur le plan financier, sur le plan du développement », a-t-il affirmé.
Sur le front sécuritaire, le chef du gouvernement a attribué une partie du renforcement des capacités des forces burkinabè à la coopération militaire avec Moscou. Il a notamment évoqué l’appui d’instructeurs russes pour la prise en main des équipements acquis par Ouagadougou.
Selon lui, ce partenariat permet aussi un partage d’expériences opérationnelles entre les deux pays.
Les autorités burkinabè, maliennes et nigériennes, réunies au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), ont engagé une réorientation de leurs partenariats extérieurs au nom de la souveraineté.
M. Ouédraogo a enfin dénoncé les campagnes de désinformation visant, selon lui, les pays de l’AES et plaidé pour des relations internationales respectueuses de leur indépendance.
Le Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré depuis septembre 2022, a fait de la souveraineté politique, économique et sécuritaire, sa priorité.
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