La session d’automne de la 47e édition du Moussem culturel international d’Assilah s’est ouverte le 2 octobre 2026 par le colloque inaugural intitulé « Les enjeux énergétiques et hydriques en Afrique et les projets stratégiques : vers une nouvelle géopolitique ».
La 47e session d’automne du Moussem culturel international est organisé par la Fondation du Forum d’Assilah jusqu’au 18 octobre 2026, sous le Haut patronage du roi Mohammed VI.
Cette rencontre inaugurale qui a réuni des experts, diplomates et décideurs, a mis en lumière les profondes mutations que connaît le continent africain, dans un contexte marqué par la persistance de défis structurels et l’émergence de nouvelles dynamiques stratégiques. Les discussions ont mis l’accent sur la dépendance mutuelle entre la production d’énergie et la disponibilité de l’eau, exacerbée par les tensions climatiques et la sécheresse persistante.
Hatim Betioui, secrétaire général de la Fondation du Forum d’Asilah, a indiqué que la session d’automne de cette année met en lumière les principales questions géopolitiques et stratégiques à l’échelle continentale. Il a souligné que le colloque sur le thème « Les enjeux énergétiques et hydriques en Afrique et les projets stratégiques : vers une nouvelle géopolitique » , constitue un espace de dialogue et d’analyse sur les piliers vitaux du développement et de la sécurité à l’échelle du continent, dans la mesure où les enjeux liés à l’eau et à la sécurité énergétique déterminent l’avenir de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et de la croissance industrielle dans la région. Il a ajouté que les pays africains sont aujourd’hui appelés, plus que jamais, à élaborer des visions intégrées fondées sur la diversification des partenariats, le renforcement de l’autonomie stratégique et la promotion de modèles de développement durables et inclusifs. Cette nécessité s’impose alors que le contexte international connaît une reconfiguration accélérée des rapports de force, avec une intensification de la concurrence géostratégique entre les grandes puissances pour l’accès aux ressources naturelles, aux voies commerciales et aux zones d’influence, a-t-il dit.
Intervenant à cette occasion, Romano Prodi, ancien Premier ministre italien et ancien président de la Commission européenne, a souligné que l’avenir de l’Afrique dépend largement de sa capacité à réaliser une intégration interne et à s’ouvrir sur le monde, notamment dans les domaines économique, technologique et de l’investissement.
Prodi a relevé que la fragmentation des marchés africains, la multiplicité des États et les disparités en matière d’infrastructures constituent des défis pour la réalisation de l’intégration économique. Le diplomate italien a insisté sur l’importance de développer les infrastructures et de renforcer la coopération et la solidarité entre les pays africains afin de mieux tirer parti de leurs ressources, en mettant l’accent sur la question de « démocratisation » pour l’accès aux ressources énergétiques.
De son côté, Miguel Ángel Moratinos, ancien ministre espagnol des Affaires étrangères, représentant du Secrétaire général des Nations Unies et Haut-Représentant pour l’Alliance des civilisations, a affirmé que les ressources naturelles sont devenues un élément central des mutations géopolitiques que connaît le monde.
L’ancien chef de la diplomatie espagnole a fait noter que l’intérêt international pour le continent africain est lié, entre autres facteurs, à l’abondance de ses ressources naturelles, de ses minerais stratégiques et de ses sources d’énergie. Il a souligné que l’énergie constitue un facteur essentiel du développement économique et social et que sa sécurisation est une condition nécessaire au développement des États.
Mohamed Ouhmed, représentant du ministère marocain de la Transition énergétique et du Développement durable, a, pour sa part, déclaré que le continent africain se trouve à la croisée des chemins de mutations cruciales dans les domaines de l’énergie, de l’eau et de la géopolitique.
L’Afrique se trouve au cœur de l’équation des transitions énergétiques et géopolitiques, s’appuyant sur les abondantes ressources naturelles, les minerais stratégiques et les énergies renouvelables dont dispose le continent., a-t-il dit. « Aujourd’hui, le continent africain se trouve à la croisée des chemins de mutations cruciales dans les domaines de l’énergie, de l’eau et de la géopolitique », a affirmé M. Ouhmed.
Alors que le continent africain s’efforce de tirer parti de ces opportunités durables dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et de la technologie, il fait simultanément face à des défis liés à la concurrence géopolitique, à la réduction des disparités économiques et à la localisation de la création de valeur issue de ses ressources naturelles, a-t-il fait noter. Il appelle ainsi au renforcement de la coopération intra-africaine et à l’élargissement des partenariats stratégiques notant que ces deux leviers fondamentaux permettraient de consolider l’autonomie stratégique et de parvenir à un développement durable pour les populations africaines.
Pour lui, le défi majeur en Afrique demeure la nécessité de garantir un accès universel, abordable et durable à une énergie moderne, condition essentielle à la croissance économique sur tout le continent.
Bien que le continent dispose d’abondantes ressources renouvelables, de nombreux pays souffrent encore de déficits énergétiques, de capacités de production limitées et de difficultés de financement , a indiqué M. Ouhmed, ajoutant que la transition énergétique doit garantir la sécurité énergétique, favoriser le développement industriel, réduire les émissions, valoriser les ressources naturelles locales et les matières premières critiques, tout en stimulant l’innovation. Par conséquent, note-t-il, l’approfondissement de l’intégration régionale, l’intensification des investissements et la mise en place de partenariats technologiques sont essentiels pour relever ces défis.
Il a souligné que le nexus eau-énergie constitue également un pilier stratégique de plus en plus crucial dans les politiques publiques. L’énergie et l’eau sont fondamentalement interdépendantes : l’extraction, le traitement, le dessalement, le transport et la distribution de l’eau nécessitent une énergie considérable, tandis que la production d’énergie — en particulier les énergies propres et l’hydrogène vert — dépend fortement des ressources en eau disponibles. Ouhmed a fait savoir que le Maroc a lancé un programme ambitieux de dessalement de l’eau de mer pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable et en eau d’irrigation dans plusieurs régions du Royaume, face aux impacts croissants du changement climatique sur les ressources en eau conventionnelles d’une part, et à la demande croissante en eau d’autre part.
Il a précisé que l’approche du Royaume repose sur le nexus eau-énergie pour garantir la sécurité hydrique, soutenir la croissance agricole et industrielle et maintenir une maîtrise rigoureuse des coûts, tout en préservant des ressources en eau limitées.
Intervenant pour sa part lors de ce colloque, Sidi Mohamed Ould Boubacar, ancien Premier ministre mauritanien, a évoqué le paradoxe auquel l’Afrique est confrontée en matière de climat et d’énergie. Il a indiqué que si le continent ne contribue de manière faible aux émissions de dioxyde de carbone, il subit en revanche les lourdes conséquences du changement climatique, notamment la baisse de la production agricole, les inondations, la sécheresse et les migrations.
Ould Boubacar a affirmé que l’Afrique dispose d’importantes ressources naturelles et d’un grand potentiel dans les domaines de l’énergie solaire et des minerais liés à la transition énergétique, en soulignant que le continent reste confrontée à des défis majeurs en matière d’accès à l’électricité. Ould Boubakar a évoqué dans son intervention l’expérience de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), créée en 1972 par la Mauritanie, le Sénégal et le Mali, avant que la Guinée ne la rejoigne, la qualifiant de modèle de coopération interétatique pour la gestion d’une ressource hydrique commune. Il a souligné que la coopération régionale peut constituer une voie pour gérer les ressources naturelles communes et en faire un levier de développement.
Lors de cette 47eme édition qui se poursuit jusqu’au 18 octobre, les participants se pencheront également sur les transformations du monde arabe à travers une conférence intitulée « Le monde arabe à l’horizon 2030 : défis, mutations et perspectives », prévue les 10 et 11 octobre. Cette édition comprend un programme mêlant des rencontres littéraires et artistiques et des séances de dédicace pour plusieurs ouvrages littéraires, notamment : « Le Temps de la traversée paisible : récit de la transition diplomatique en Mauritanie » de l’écrivain et ancien Premier ministre mauritanien Sidi Mohamed Ould Boubacar (3 octobre), « Histoires au bord de l’eau / Assilah : la maison, la famille et les passants » de l’écrivain et journaliste libanais Ismaïl Haïdar (4 octobre), et le roman « Les Tissus du chaos » de l’écrivain et journaliste marocain Driss Ksikes (6 octobre).
Depuis plus de quatre décennies, la Fondation du Forum d’Assilah œuvre à consolider le statut de son festival culturel international en tant que rendez-vous intellectuel et créatif majeur.
L’événement attire une élite composée de grands penseurs, de personnalités politiques, de professionnels des médias, d’artistes et de créateurs, venus du Maroc et du monde entier.
AK/Sf/APA




