A l’occasion de la 5e édition du Salon des infrastructures d’Abidjan (SIA), le président du Groupement ivoirien du bâtiment et des travaux publics (GIBTP), Lamine Koné, a jeté un pavé dans la mare concernant l’accès des PME et des entreprises locales aux grands chantiers nationaux.
Invité sur le plateau du Magazine de la RTI 1, le patron du patronat du secteur du BTP en Côte d’Ivoire, a déploré la faible part de marché captée par les acteurs ivoiriens et formulé des propositions concrètes pour inverser la tendance.
Interrogé sur le niveau d’implication des entreprises locales dans les grands projets d’infrastructures qui transforment actuellement la Côte d’Ivoire, le constat de Lamine Koné est sans appel : les acteurs nationaux ne sont « pas encore suffisamment » associés.
« Les statistiques nous montrent que 6 grands projets sur 10 vont à des entreprises internationales », a-t-il révélé. Tout en clarifiant que le GIBTP ne demande en aucun cas l’exclusion des grands groupes étrangers, qu’il considère comme des partenaires essentiels.
Le président de l’organisation patronale du BTP ivoirien exige une évolution profonde des règles du jeu à travers trois changements majeurs. Le premier levier de transformation réside dans la révision technique des critères d’appels d’offres, et plus particulièrement le découpage des marchés en lots accessibles.
Pour Lamine Koné, le système actuel engendre des situations absurdes qui disqualifient d’office le savoir-faire local et surtout les Petites et moyennes entreprises. « Il y a des aberrations qu’on vit », a-t-il martelé.
« Quelqu’un qui a fait du bitume pour 80 km peut se voir exclure d’un appel d’offre parce qu’on lui dit que c’est un tronçon de 120 km et qu’il n’a pas la capacité, sous prétexte qu’il n’a jamais fait de route de plus de 100 km. C’est vraiment une aberration, donc il faut revoir le découpage de l’allotissement des marchés », a-t-il relevé.
« Il faut rendre obligatoire l’attribution d’une part des marchés aux entreprises ivoiriennes, en co-traitance ou en sous-traitance avec ces groupes internationaux, dans les grands projets, surtout ceux financés par l’extérieur, et exiger un transfert de compétences vers les Ivoiriens », a-t-il préconisé.
Pour transformer durablement le secteur du BTP en Côte d’Ivoire, « il est nécessaire de rendre obligatoire l’association des entreprises ivoiriennes aux grands projets, assortie d’un transfert de compétences », a-t-il soutenu.
Cela, dira-t-il, « répond à plusieurs problématiques. Nos entreprises obtiendront ainsi des références et grandiront ; nos PME et nos entreprises majores gagneront en compétences. Nos ingénieurs se formeront sur les chantiers les plus ambitieux. »
Par ailleurs, « la richesse créée restera dans le pays et nous pourrons affirmer que, dans dix ans, nous aurons des champions nationaux capables de construire la Côte d’Ivoire et l’Afrique », a déclaré Lamine Koné.
Pour le GIBTP, les bénéfices d’une telle réforme seraient multiples et immédiats : gain de références pour les PME, montée en compétences des grands acteurs locaux, et formation pratique des ingénieurs ivoiriens sur les chantiers les plus ambitieux du pays.
AP/APA





