Somas Appavou, directeur régional pour les Affaires extérieures pour l’Afrique de l’Association internationale du transport aérien (IATA), a dressé ce jeudi 18 décembre 2025, un état des lieux prospectif du secteur aéronautique africain, lors d’une conférence en ligne.
Si la croissance mondiale dans l’aéronautique est au rendez-vous, le continent africain fait face à des défis structurels persistants. Le directeur régional de l’IATA est intervenu dans ce sens à l’occasion d’une table ronde des médias, dans le prolongement de la Journée mondiale des médias.
Le ciel s’éclaircit pour l’aviation civile, mais les trajectoires divergent selon les continents. Selon les dernières prévisions de l’IATA communiquées par Somas Appavou, le secteur devrait enregistrer une croissance de 2,6 % à l’échelle mondiale en 2026.
L’Afrique, bien qu’en progression, affiche une dynamique légèrement en retrait avec une hausse prévue de 2 %. L’année 2025 marque une étape symbolique avec 5 milliards de passagers transportés dans le monde, un chiffre qui devrait grimper à 5,2 milliards dès 2026.
Sur le continent africain, le trafic suit cette tendance haussière : de 142 millions de voyageurs cette année, les prévisions tablent sur 149 millions pour l’exercice suivant. Sur le plan financier, l’industrie affiche une santé solide. Le bénéfice net total du secteur est projeté à 41 milliards de dollars en 2026, soit une marge nette de 3,9 %.
En Afrique, les compagnies aériennes devraient dégager 200 millions de dollars de bénéfices, avec une marge plus modeste de 1,3 %. Bien que les performances régionales se soient améliorées depuis 2022, l’Afrique ne représente encore que 0,2 % du profit mondial total.
Des barrières à la croissance
L’analyse de la rentabilité par passager révèle un fossé important. Alors que la moyenne mondiale s’établit à 7,9 dollars de bénéfice net par passager, les compagnies africaines ne captent en moyenne que 1,3 dollar.
Cette faible rentabilité s’explique par un environnement opérationnel particulièrement complexe. Somas Appavou a souligné que le pouvoir d’achat reste un frein majeur, rappelant que 32 des 54 pays du continent sont classés parmi les « pays les moins avancés » par la Banque mondiale.
Outre les facteurs économiques, le développement du trafic aérien africain se heurte à des obstacles réglementaires. « Les voyageurs du continent sont très sensibles aux prix », a rappelé l’expert, précisant que la demande est lourdement contrainte par : Les restrictions relatives aux visas qui limitent la mobilité, ainsi que les accords bilatéraux aériens trop restrictifs.
Si l’horizon 2026 semble prometteur en termes de volume de passagers, le défi pour le ciel africain reste double : améliorer la connectivité intra-africaine tout en abaissant les coûts opérationnels pour rendre le voyage aérien accessible à une classe moyenne encore fragile.
Les fonds bloqués freinent l’envol du secteur
La rentabilité des compagnies aériennes africaines est minée par des coûts d’exploitation unitaires presque doubles par rapport à la moyenne mondiale, et par l’épineux problème des fonds de compagnies aériennes bloqués dans certains pays, l’Algérie en tête.
Si le potentiel de croissance du marché aérien en Afrique est indéniable, sa pleine exploitation se heurte à des obstacles financiers et structurels majeurs, a détaillé Somas Appavou, expert de l’IATA.
Le coût unitaire le plus élevé au monde
Le principal défi pour les transporteurs africains réside dans leurs coûts d’exploitation élevés. « Le coût moyen par tonne disponible par kilomètre atteint presque 145 dollars, soit presque le double de la moyenne mondiale », a précisé l’expert.
Plusieurs facteurs contribuent à cette situation : des redevances passagers élevées, des coûts de carburant supérieurs à la moyenne, la fragmentation des marchés, des flottes d’avions vieillissantes et un taux moyen d’imposition des sociétés de 28 %.
Tant que ces coûts ne seront pas maîtrisés, l’industrie opérera avec des marges faibles et une résilience limitée.
Un autre problème majeur identifié par l’IATA est celui des fonds des compagnies aériennes, c’est-à-dire les revenus de la vente de billets qui ne peuvent pas être rapatriés vers leur siège social en raison de restrictions de change imposées par certains gouvernements.
Le rapatriement des revenus des compagnies aériennes est devenu un point de friction majeur. Sur les 1,22 milliard de dollars de fonds bloqués au niveau mondial en octobre 2025, 79 % se trouvent en Afrique, soit 954 millions de dollars.
L’IATA exhorte le gouvernement algérien à éliminer des processus administratifs « redondants et inutiles ». La situation est également tendue en Afrique centrale.
Bien que les fonds bloqués en zone FCFA soient descendus à 191 millions de dollars en avril 2025, les délais de transfert restent critiques. Somas Appavou a lancé un appel direct à la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) pour simplifier ses processus de validation afin de résorber les retards de paiement.
Malgré ces freins, l’avenir offre des perspectives encourageantes. L’Afrique figure parmi les trois régions à la croissance la plus rapide au monde dans le secteur aérien. Les prévisions de l’IATA estiment que le marché africain atteindra 411 millions de passagers d’ici 2044.
Pour libérer ce potentiel, l’IATA appelle à des mesures concertées, notamment la réduction du montant des fonds bloqués, la baisse des coûts opérationnels, l’amélioration de la connectivité, des infrastructures et de la sécurité. Ces actions sont jugées indispensables pour rendre l’aviation plus abordable et durable sur le continent.
Une connectivité bridée
Le secteur aérien mondial affiche une santé insolente avec une prévision de 5 milliards de passagers pour 2025 et un bénéfice net global attendu à 41 milliards de dollars en 2026. Pourtant, derrière ces records, l’Afrique peine à suivre la cadence.
Si le trafic continental devrait atteindre 149 millions de passagers en 2026, la rentabilité des compagnies africaines reste dérisoire : elles ne dégagent que 1,3 dollar de bénéfice par passager, contre 7,9 dollars en moyenne mondiale.
L’expert a fustigé une fiscalité et des tarifs gouvernementaux qui pénalisent la croissance économique du continent. Opérer un avion en Afrique coûte presque deux fois plus cher qu’ailleurs (145 dollars par tonne-kilomètre disponible).
L’IATA alerte sur les coûts records
Le carburant, véritable « tendon d’Achille » des transporteurs locaux, est 17 % plus cher que la moyenne mondiale, représentant 40 % des coûts d’exploitation en Afrique contre seulement 25 % ailleurs. À cela s’ajoutent des redevances de navigation et de passagers supérieures de 10 % à 15 % aux autres régions du monde.
Le secteur souffre également d’un handicap technologique. Les avions en Afrique ont en moyenne cinq ans de plus que la moyenne mondiale, un écart accentué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. « Les avions plus anciens consomment davantage et nécessitent plus d’entretien, ce qui les rend plus onéreux à opérer », a rappelé Somas Appavou.
Le protectionnisme entrave le voyageur africain. En raison d’accords bilatéraux restrictifs, seules 9 % des routes intra-africaines disposent de vols directs, forçant les passagers à des détours coûteux et chronophages.
Malgré ce tableau sombre, l’IATA reste optimiste sur le potentiel à long terme. L’Afrique possède l’une des croissances les plus rapides au monde et devrait voir son trafic bondir à 411 millions de passagers d’ici 2044.
Pour libérer ce gisement de croissance, l’organisation appelle les États à une réforme profonde : réduction des taxes, ouverture du ciel et investissements massifs dans la formation et les infrastructures.
AP/Sf/APA







