Confronté à un déficit de financement estimé à plus de trois milliards de dollars pour ses infrastructures, le pays de la Teranga devra miser davantage sur les fonds d’investissement et les partenariats public-privé, ont plaidé des experts réunis à Dakar.
Les fonds d’investissement sont appelés à jouer un rôle plus important dans le financement des infrastructures et des projets d’intérêt public au Sénégal, où les besoins non couverts dépassent les trois milliards de dollars, ont indiqué plusieurs intervenants lors de la deuxième édition du Forum Dakar Business Connect.
« Aujourd’hui, rien que le besoin en investissement public est estimé à 15 % de notre PIB (…) et nous avons un déficit de plus de trois milliards de dollars pour le financement des infrastructures au Sénégal », a déclaré Manizor Thiam, consultant et banquier d’affaires, lors du panel consacré à la contribution des fonds d’investissement au financement des projets publics.
Selon lui, les contraintes budgétaires, les limites des financements bancaires et les difficultés d’accès aux ressources internationales imposent le recours à d’autres mécanismes, notamment les fonds privés et les partenariats public-privé.
« Les fonds constituent une réponse, mais d’autres mécanismes de financement, beaucoup plus techniques, sont également adaptés », a-t-il souligné, estimant que « sans infrastructures ni projets publics, il ne peut y avoir d’émergence, de transformation ou de développement ».
Pour Cheikh Mboup, directeur général d’Oyass Capital, les fonds d’investissement constituent un complément aux mécanismes classiques de financement.
« Les fonds d’investissement ne remplacent ni l’État ni les banques. Ils complètent leur action », a-t-il affirmé, relevant que ces véhicules apportent « un capital patient aligné sur le cycle réel de croissance des entreprises ».
Dans un contexte marqué par les exigences prudentielles pesant sur les banques et les besoins liés à l’Agenda national de transformation 2050, M. Mboup a estimé que ces fonds peuvent contribuer au financement de secteurs stratégiques tels que l’industrie, l’agriculture, les infrastructures, les énergies renouvelables et l’innovation.
De son côté, le président-directeur général de la Société africaine d’ingénierie et d’intermédiation financière (Sa2if), Constantin Dabiré, a plaidé pour une coopération plus étroite entre les différents acteurs financiers.
« Nous n’avons pas le choix. Nous sommes tenus de créer toutes les synergies possibles pour répondre à cette problématique », a-t-il déclaré, soulignant que les besoins du continent dépassent les capacités actuelles des banques et des fonds existants.
Le dirigeant burkinabè a notamment mis en avant l’apport des sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI) ainsi que des institutions multilatérales dans la structuration des projets et la mobilisation de ressources sur les marchés financiers.
Pour Sidy Niang, fondateur et managing partner d’Icone Capital, les fonds privés et les fonds publics présentent « énormément de complémentarités ».
« Les fonds souverains investissent dans les priorités stratégiques de l’État, tandis que les fonds privés disposent d’une plus grande flexibilité », a-t-il expliqué, estimant qu’une meilleure mobilisation du capital local est indispensable pour soutenir les investissements.
L’entrepreneur Henry Ousmane Guèye, fondateur d’Eyone Médical, a, pour sa part, illustré l’impact concret de ces financements sur les entreprises innovantes.
« Le fait de recevoir des investissements vous confère davantage de crédibilité », a-t-il témoigné, rappelant que sa plateforme de santé numérique, utilisée par l’État sénégalais pendant la pandémie de Covid-19, a pu renforcer son organisation et poursuivre son développement grâce à l’appui d’investisseurs.
Les différents intervenants s’exprimaient le samedi 13 juin à Dakar, à l’occasion de la deuxième édition du Forum Dakar Business Connect, organisée par le magazine économique Le Marché, autour du thème consacré au rôle des fonds d’investissement dans le financement des projets publics et le développement des entreprises.
ARD/te/Sf/APA







