La 33e Foire de la production nationale, inaugurée à Alger en présence du président Abdelmadjid Tebboune, a mis en scène une industrie algérienne en quête de reconnaissance, entre discours de souveraineté économique et réalités structurelles encore fragiles.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a visité plusieurs stands de la 33e édition de la Foire de la production nationale, organisée au Palais des expositions, un événement présenté par les autorités comme la vitrine du renouveau industriel du pays. Avec 786 exposants annoncés, en hausse sensible par rapport aux éditions précédentes, la manifestation se veut le reflet d’une dynamique productive nationale portée par des taux d’intégration élevés et par l’émergence de projets industriels dans des secteurs jugés stratégiques.
Les organisateurs mettent en avant la progression du nombre d’entreprises, la diversification des produits exposés et l’ouverture d’un nouveau hall d’exposition de plus de 40 000 m², inauguré par le chef de l’État. Pharmacie, agro-industrie, sidérurgie, biotechnologies ou encore matériaux de construction figurent parmi les secteurs les plus mis en avant, souvent accompagnés de discours officiels sur la souveraineté industrielle et la réduction des importations.
Cependant, au-delà de la mise en scène institutionnelle, plusieurs observateurs soulignent l’écart persistant entre l’affichage politique et la transformation économique effective. Une part significative des réussites présentées repose encore sur des partenariats étrangers, qu’il s’agisse de l’industrie automobile, de la sidérurgie ou de la pharmacie, limitant l’autonomie technologique réelle du tissu productif local. Les taux d’intégration annoncés, parfois supérieurs à 90 %, restent par ailleurs difficiles à vérifier de manière indépendante.
Sur le plan macroéconomique, la production nationale demeure largement tournée vers le marché intérieur, fortement soutenu par la dépense publique et les mécanismes de protection. Les capacités d’exportation hors hydrocarbures, bien que régulièrement mises en avant, restent marginales à l’échelle des besoins de diversification de l’économie algérienne. La question de la compétitivité, de la productivité et de l’accès aux marchés extérieurs demeure peu abordée dans le discours officiel.
La foire révèle ainsi une industrie algérienne en construction, marquée par des initiatives réelles et des compétences locales indéniables, mais encore dépendante d’un encadrement étatique fort, d’alliances extérieures et d’un environnement économique peu lisible pour l’investissement privé. Derrière la célébration du « made in Algeria », le défi reste celui du passage durable de la vitrine à la performance.
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