La Fédération ivoirienne du patronat et des exploitants de taxis compteurs d’Abidjan (FIPETCA) conteste le processus électoral de l’assemblée générale de la Maison d’assurance des taxis compteurs d’Abidjan (MATCA) prévu pour le 2 juin 2026, dénonçant une procédure irrégulière qui ne respecte pas les consignes de la CRCA/CIMA et une ingérence du Haut Conseil des transports.
Sylla Laciné, président de la faîtière FIPETCA, a menacé de saisir la justice pour faire respecter les textes statutaires de la mutuelle, et de protéger la mutuelle des propriétaires de taxis, dont le parc a considérablement chuté. Il souhaite que seuls les sociétaires participent à l’Assemblée générale élective.
« On va saisir la justice pour faire appliquer les textes de la MATCA », a déclaré Sylla Laciné, le président de la FIPETCA, lors d’une conférence de presse, ce samedi 25 mai 2026, au siège de la faîtière à Abidjan.
La FIPETCA, dira-t-il, constate avec « préoccupation que le processus actuellement envisagé s’écarte clairement de la voix expressément définie par la CRCA/CIMA. À ce jour, aucune élection régulière des délégués n’a été organisée conformément aux statuts de la MATCA et aux instructions de la CRCA/CIMA ».
Malgré cela, une Assemblée générale élective a été annoncée par l’administrateur provisoire pour le 02 juin 2026, alors même que les conditions préalables prévues par les textes n’ont pas été régulièrement accomplies, a-t-il fait savoir.
La FIPETCA relève également l’absence de communication claire et préalable notamment sur les modalités de candidature aux postes de dirigeants ; les critères de participation ; la composition du corps électoral appelé à prendre part au scrutin.
Toute démarche ayant pour effet de substituer un mécanisme conventionnel ou consensuel au processus électoral statutaire crée une grave insécurité juridique et compromet la légitimité des futurs organes dirigeants, a-t-il martelé.
Un processus électoral jugé illégal
La principale faîtière des organisations de taxis compteurs conteste l’Assemblée générale ordinaire élective convoquée par l’administrateur provisoire pour le 2 juin 2026. Selon Sylla Laciné, ce processus n’est pas conforme aux directives de la Commission régionale de contrôle des assurances (CRCA/CIMA).
Il a relevé que dans des courriers officiels datés des 16 août et 13 décembre 2025, le régulateur régional des assurances (CRCA/CIMA) avait pourtant prescrit et ordonné à l’administration provisoire de la MATCA : l’identification des sociétaires ; l’organisation de l’élection des délégués ; puis la tenue d’une Assemblée générale ordinaire pour la mise en place des nouveaux organes dirigeants de la mutuelle.
La FIPETCA a saisi l’administrateur provisoire de la MATCA le 20 mai 2026 ; ainsi que le président du Conseil de surveillance, afin d’obtenir les clarifications nécessaires relatives au respect des instructions de la CRCA/CIMA et des statuts de la MATCA.
La faîtière appelle l’ensemble des autorités compétentes à veiller à la préservation de la régularité, de la transparence et de la sécurité juridique du processus de mise en place des futurs organes dirigeants de la MATCA, seules garanties d’une sortie de crise durable et légitime, a-t-il ajouté.
Des soupçons d’ingérence
Au-delà des manquements juridiques, les responsables de la FIPETCA dénoncent une tentative de « récupération politique ». Malick Diabaté, membre de l’organisation, a ouvertement accusé le directeur général du Haut Conseil des transports, Ibrahim Diaby, de vouloir faire main basse sur la MATCA.
Selon Malick Diabaté, ce dernier ferait systématiquement blocage lors des négociations. Il a rappelé une distinction administrative majeure : la MATCA dépend du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, tandis que le Haut Conseil des transports est sous la tutelle du ministère des Transports.
Eric Diabaté, sociétaire de la MATCA, soutient cette position : « Il ne faudrait pas qu’on confonde le Haut Conseil du transport et la MATCA. La MATCA est la mutuelle des gens qui ont des taxis compteurs, tandis que le Haut Conseil concerne l’ensemble des transporteurs. Ils ne sont pas propriétaires de taxis, mais le Haut Conseil veut faire de la récupération ».
Un avis partagé par Mory Dembélé, ancien membre de l’administration de la mutuelle, qui accuse l’administration provisoire de partialité : « On ne peut pas aller à la MATCA et on nous dit d’aller se renseigner au Haut Conseil des transports ».
Exigence d’un audit financier
Face à ce qu’elle qualifie de gestion opaque, la FIPETCA réclame désormais un audit approfondi des activités de l’administration provisoire. Malick Diabaté a notamment évoqué une sortie de caisse suspecte de 425 millions de FCFA après un peu plus d’un an d’exercice de l’équipe transitoire.
Cette crise interne secoue une institution déjà fragilisée par le contexte économique. Avant le début des turbulences, la mutuelle revendiquait la couverture de 22 000 taxis compteurs dans la capitale économique ivoirienne. Aujourd’hui, le parc en activité est tombé à 15 000 véhicules.
Pour la FIPETCA, l’application stricte des textes reste l’unique garantie pour assurer une sortie de crise durable, légitime et sécurisée pour l’ensemble des transporteurs et particulièrement des propriétaires de taxis compteurs d’Abidjan.
AP/Sf/APA






