Un haut responsable financier de l’État islamique capturé en Somalie, dans un contexte de pression internationale accrue contre les réseaux de financement terroriste.
Les forces spéciales du Puntland, appuyées par des partenaires américains, ont capturé Abdiweli Mohamed Aw Yusuf, alias Abdiweli Walalac, chef des relations extérieures et des finances de la branche somalienne de l’État islamique (ISS, acronyme anglais), lors d’une opération menée à Laag, dans la région de Xumbeys, dans le nord du pays. Deux autres membres du groupe ont également été arrêtés.
Cette opération de contre-terrorisme survient alors qu’Abdiweli Mohamed Yusuf figurait depuis juillet 2023 sur la liste des individus sanctionnés par le Centre de ciblage du financement du terrorisme (TFTC), une initiative conjointe des États-Unis et de ses alliés du Conseil de coopération du Golfe. Le TFTC l’accuse d’avoir supervisé l’arrivée de combattants étrangers, d’armes et de fonds en Somalie, et d’avoir permis à l’organisation de générer jusqu’à 2,5 millions de dollars en 2021 à travers diverses activités illicites.
Dans son rôle d’émir financier, qu’il aurait endossé depuis 2019, Yusuf a supervisé la collecte de fonds à la fois dans la région semi-autonome du Puntland et à Mogadiscio. Selon l’analyste Caleb Weiss dans une publication en date de juillet 2023, cette responsabilité ne concernait cependant que l’ISS et non le bureau régional d’Al-Karrar, qui chapeaute plusieurs filiales de l’État islamique en Afrique. Weiss souligne que si le Trésor américain distingue clairement les hiérarchies de l’ISS et du bureau d’Al-Karrar, Yusuf restait un acteur-clé du système de financement régional de l’organisation.
« Yusuf, un membre important de l’État islamique en Somalie, rencontre et rend compte à d’autres dirigeants de l’organisation, notamment à Abdiqadir Mu’min, l’émir du bureau d’Al-Karrar, et à Abdirahman Fahiye Isse Mohamud, désormais émir de l’ISS », précise le département américain du Trésor. Mu’min, fondateur de l’ISS en 2015 après avoir quitté les rangs des Shebab affiliés à Al-Qaïda, aurait été promu à la tête d’Al-Karrar, tandis que Fahiye le remplace à la tête de l’ISS.
Ce schéma reflète la structure dite de « commandement régional » de l’État islamique, dans laquelle des bureaux comme Al-Karrar supervisent le financement, la coordination et l’orientation stratégique des provinces sous leur tutelle. Les fonds collectés localement, notamment en Somalie, sont ensuite centralisés avant d’être redistribués à d’autres filiales, comme l’État islamique au Mozambique ou la province d’Afrique centrale (ISCAP), active en RDC et en Ouganda.
Ce modèle régionalisé, selon Caleb Weiss, est désormais privilégié par l’État islamique pour contourner les pressions internationales et maintenir la fluidité de ses opérations mondiales. Al-Karrar, basé en Somalie, joue un rôle crucial dans cette architecture décentralisée, à l’instar d’autres bureaux régionaux comme Al-Furqan (Nigéria-Sahel) ou Al-Saddiq (Afghanistan-Asie centrale), tous placés sous l’autorité de la Direction générale des provinces (DGP).
L’arrestation d’Abdiweli Walalac intervient alors que le TFTC a annoncé, le 15 juillet dernier, de nouvelles sanctions contre trois facilitateurs financiers de l’État islamique actifs en Somalie, en RDC et en Afrique du Sud.
« Cette action conjointe souligne notre engagement commun à empêcher l’État islamique et d’autres groupes terroristes d’utiliser le système financier international pour soutenir leurs activités », a déclaré Bradley T. Smith, secrétaire adjoint par intérim au Trésor américain, en charge du renseignement financier et de la lutte contre le terrorisme.
D’après les autorités régionales, l’opération est entrée dans sa phase finale, avec la poursuite des éléments d’ISIS et de leurs chefs en fuite depuis les montagnes de Calmiskaat, ancien bastion du groupe.
AC/Sf/APA





