Obligatoire depuis le 2 novembre pour toutes les banques et tous les établissements de monnaie électronique de l’UEMOA, la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané (PI-SPI) transforme les paiements numériques dans l’Union. L’expert en NTIC, Mountaga Cissé, en détaille les nouveautés, les avantages pour les usagers et les garanties de sécurité.
Plateforme encadrée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la PI-SPI apporte, selon M. Cissé, « beaucoup de nouveautés dans le système de paiement numérique bancaire et de monnaie électronique ». Il en cite quatre.
Des virements gratuits et instantanés
La première concerne les virements entre deux établissements bancaires différents, d’une banque A vers une banque B. « Avant, ça prenait 24 heures, 48 heures, jusqu’à 72 heures parfois. Et ensuite, vous aviez des frais à payer, des frais de virements bancaires », a rappelé l’expert.
« Aujourd’hui, avec le système PI-SPI, ce virement devient gratuit. Et il devient instantané, c’est-à-dire que cela se fait dans les 10 secondes qui arrivent », a-t-il indiqué.
Des transferts centralisés entre banques et Mobile Money
La deuxième nouveauté porte sur les transferts Bank-to-Wallet et Wallet-to-Bank, c’est-à-dire le passage de l’argent d’un compte bancaire vers un compte de Mobile Money, et inversement.
« Avant, chaque établissement de monnaie électronique avait son système connecté à chaque banque, donc cela se faisait au cas par cas. Aujourd’hui, c’est généralisé, c’est centralisé », a expliqué M. Cissé. Une fois le système activé sur le téléphone ou l’application de l’usager, le transfert passe par la PI-SPI.
Selon lui, ces opérations sont plus rapides et leur traçabilité est garantie par la BCEAO. Les frais sont gérés dans un premier temps par la Banque centrale, qui n’en impose pas. L’opérateur peut toutefois en activer, dans une fourchette de 0 % à 0,8 %.
L’interopérabilité entre opérateurs de Mobile Money
La troisième nouveauté concerne les transferts entre opérateurs de Mobile Money, lorsqu’un usager envoie de l’argent à quelqu’un qui a un compte chez un autre établissement de monnaie électronique.
Au Sénégal, c’est le cas entre des plateformes comme Wave et Orange Money. « Avant, c’était compliqué. Aujourd’hui, on peut le faire directement avec le système PI-SPI », a souligné l’expert.
Un seul QR code pour les marchands
La quatrième nouveauté concerne les paiements marchands, dans les commerces, les stations-service et les grandes surfaces. Jusque-là, chaque plateforme disposait de son propre QR code, et plusieurs étaient proposés au client.
« Aujourd’hui, avec la PI-SPI, le marchand peut mettre en place un seul QR code et le client peut scanner avec n’importe quelle plateforme qu’il utilise, que ce soit Wave, Orange Money, son compte bancaire ou n’importe quel autre établissement connecté à la PI-SPI. Il peut faire sa transaction facilement », a-t-il détaillé.
Un projet de longue maturation
Selon M. Cissé, le projet date de plusieurs années. Certains évoquent même une dizaine d’années de travaux de la BCEAO, et il est « entré dans sa maturation » aujourd’hui.
Tous les établissements bancaires ont été invités à y adhérer depuis deux ans. La phase officielle a été lancée il y a un an, en septembre 2025. Depuis le 2 novembre, le passage par le système est obligatoire pour tous les établissements bancaires et de monnaie électronique. Des tests ont été réalisés en amont, ce qui a permis de rendre instantanées, avec le concours de la BCEAO, les transactions entre banques et établissements de monnaie électronique.
Inclusion financière et gratuité
À terme, l’objectif est d’encadrer l’inclusion financière et d’élargir la gratuité. Selon la BCEAO, 75 % des transactions effectuées par Mobile Money sont inférieures à 8000 francs CFA. Pour une journée et pour chaque utilisateur, ces transactions ne dépassent pas ce montant et restent gratuites.
« Le fait de permettre aux citoyens de bénéficier de ces transferts gratuits est un plus. Mais aussi la simplicité d’encaissement pour les commerçants, qui ne sont pas obligés d’avoir des comptes sur toutes les plateformes et de pouvoir gérer ça de façon séparée. Le fait de centraliser ça est également un avantage », a-t-il poursuivi.
L’utilisateur n’est plus non plus obligé de transférer son argent d’un opérateur à un autre pour effectuer une transaction.
Sécurité des données et lutte contre la fraude
Sur la protection des données personnelles, M. Cissé a fait preuve de prudence, mais il a toutefois relevé qu’il s’agit du régulateur bancaire régional.
« Il est sans doute clair qu’un travail a été fait en amont. Il y a des garanties qui sont données selon les différents communiqués publiés au fil des années sur l’état d’avancement des travaux de ce projet », a-t-il déclaré. À chaque fois, selon lui, la BCEAO revient sur le caractère technique de la sécurité et de la protection des données à caractère personnel des utilisateurs.
La prévention des fraudes numériques constitue, d’après lui, « un levier important » du projet.
Moins de recours aux cartes bancaires internationales
Le système permet de se passer d’une carte bancaire internationale pour de nombreuses transactions : d’un compte bancaire à un autre, d’un compte Mobile Money vers un compte bancaire, ou entre comptes Mobile Money d’établissements différents.
« Effectivement, ça permet de régler pas mal de types de transactions sans devoir utiliser une carte bancaire comme c’était le cas jusqu’à aujourd’hui », a conclu l’expert.
AC/Sf/APA




