Face à un secteur immobilier tunisien en difficulté, l’idée du crowdfunding appliqué à la pierre gagne du terrain. Ce modèle, déjà éprouvé à l’international, pourrait offrir une alternative au crédit bancaire classique et redonner souffle aux promoteurs comme aux épargnants.
Le marché immobilier tunisien traverse une zone de turbulences, miné par la hausse continue du Taux moyen du marché monétaire (TMM), la difficulté d’accès au crédit et l’érosion du pouvoir d’achat. Dans ce contexte, le cabinet NEPA Economic Consulting met en avant une piste peu explorée : le financement participatif immobilier.
Le principe est simple. Plutôt que de dépendre d’une seule banque ou d’un investisseur majoritaire, un projet résidentiel ou commercial est porté par une multitude de particuliers via des plateformes numériques. Chaque épargnant peut contribuer avec un montant limité, accessible à ses moyens, tout en diversifiant son patrimoine et en participant à des projets tangibles. Pour les promoteurs, c’est une source alternative de capital, susceptible de relancer des chantiers bloqués ou d’accompagner de nouveaux développements.
À l’échelle mondiale, cette formule connaît une expansion spectaculaire. Après une période de stagnation entre 2019 et 2022, les investissements ont bondi pour atteindre environ 19,5 milliards d’euros en 2023. Les projections indiquent une croissance soutenue entre 2024 et 2026, une accélération marquée de 2027 à 2029, et un pic attendu à partir de 2030, notamment en Amérique du Nord, en Europe et en Asie-Pacifique.
En Tunisie, un tel mécanisme pourrait combler le vide laissé par le système bancaire, aujourd’hui peu enclin à soutenir les ménages et les opérateurs immobiliers. Mais son adoption suppose l’élaboration d’un cadre légal clair et protecteur. Les investisseurs devront être sécurisés contre les risques de défaillance, tandis que les promoteurs auront besoin de règles transparentes pour bâtir la confiance.
Dans un pays où l’accession à la propriété est devenue hors de portée pour une grande partie des ménages, le crowdfunding immobilier apparaît comme une innovation financière capable de reconnecter l’épargne domestique aux besoins de logement et de développement urbain. Reste à savoir si les autorités tunisiennes accepteront d’ouvrir la voie à cette démocratisation du financement de la pierre.
MK/ac/Sf/APA







