Un comité d’experts réuni à Addis-Abeba a lancé un appel politique aux chefs d’État africains pour faire de la transformation numérique des soins de santé primaires un pilier de la souveraineté sanitaire du continent, avec un marché estimé à 40 milliards de dollars.
Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) appelle les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine à s’engager pour la digitalisation d’au moins 90 % des systèmes de soins de santé primaires du continent d’ici 2035, selon une déclaration du Comité d’experts sur la digitalisation des soins de santé primaires (PHC-DEC) publiée fin novembre 2025.
Cette recommandation fait suite à une réunion convoquée par Africa CDC les 26 et 27 novembre 2025 à son siège d’Addis-Abeba pour initier le développement d’un cadre continental de digitalisation complète du système de soins de santé primaires.
Le comité d’experts souligne que l’Afrique fait face à « un double fardeau de maladies transmissibles et non transmissibles », avec une augmentation de plus de 41 % des épidémies entre 2022 et 2024, tandis que l’aide publique au développement a chuté de près de 70 % depuis 2021. Le continent continue d’importer plus de 90 % de ses produits de santé essentiels et seulement 30 % de ses systèmes de santé sont digitalisés.
Selon la déclaration, les soins de santé primaires, qui peuvent gérer plus de 80 % des besoins sanitaires, « reçoivent le moins d’investissements dans la plupart des contextes et sont les moins digitalisés ».
Le document cite des données de l’OMS et de la Banque mondiale selon lesquelles les systèmes de surveillance communautaire digitalisés peuvent détecter les épidémies 7 à 21 jours plus tôt, les centres de soins primaires digitalisés réduisent les délais de diagnostic de 30 à 50 %, et pour chaque dollar investi dans la transformation numérique des soins primaires, les pays peuvent générer 6 à 10 dollars grâce à la réduction de la mortalité, des coûts de traitement et des gains d’efficacité opérationnelle.
Le comité estime le marché des dossiers médicaux électroniques seuls à « au moins 40 milliards de dollars par an », représentant « une opportunité sans précédent pour l’innovation africaine, la fabrication locale et la souveraineté numérique ».
Plusieurs pays africains ont déjà obtenu des résultats prometteurs. Le Rwanda a digitalisé plus de 90 % de son système de soins primaires, « permettant des alertes rapides aux épidémies et des réductions significatives des décès maternels et néonatals ». Des exemples similaires sont cités en Égypte, Tunisie, Maroc, Kenya, Éthiopie, Ghana, Afrique du Sud, Burkina Faso, Niger et Côte d’Ivoire.
Le PHC-DEC formule trois recommandations principales aux chefs d’État africains : s’engager à digitaliser au moins 90 % des systèmes de soins de santé primaires d’ici 2035, y compris dans les zones fragiles et touchées par les conflits ; faire de la « Transformation numérique de la santé en Afrique » le thème de l’année de l’Union africaine pour 2027 ; et établir un groupe de travail présidentiel de haut niveau sur la transformation des soins de santé primaires.
Le comité insiste sur la nécessité d’une acceptation sociale et d’une confiance des populations, nécessitant « une communication structurée et un engagement communautaire » pour garantir la confidentialité et l’utilisation responsable des données de santé.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’Agenda pour la sécurité et la souveraineté sanitaires de l’Afrique (AHSS) et de l’Agenda de Lusaka adoptés par l’Union africaine, visant à renforcer l’autonomie sanitaire du continent.
AC/Sf/APA





