À moins de cinq mois de la clôture du Compact Énergie financé par les États-Unis, le Sénégal doit accélérer ses réformes électriques et finaliser plusieurs chantiers prioritaires. Réunie jeudi à Dakar, la quatrième revue annuelle de la Feuille de route Électricité 2035 a mis l’accent sur la pérennisation des acquis et les défis de l’après-Compact.
L’enjeu dépasse désormais le bilan des réalisations. Il s’agit pour le Sénégal de transformer les acquis du partenariat avec la Millennium Challenge Corporation (MCC) en mécanismes durables, capables d’améliorer la gouvernance du secteur, de soutenir les investissements et de renforcer la qualité du service électrique.
Doté d’un financement de 311 milliards de francs CFA du gouvernement américain, complété par une contribution de 27 milliards de francs CFA de l’État du Sénégal, le Compact Énergie a accompagné des investissements dans les infrastructures et des réformes institutionnelles destinées à améliorer les performances du secteur.
Mais à l’approche de son terme, la réussite de ce programme dépendra aussi de la capacité des institutions nationales à prendre pleinement le relais et à mener à bien les dossiers encore en suspens.
Des réformes à finaliser dans les prochains mois
Représentant le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Dr Abdourahmane Diouf, la secrétaire permanente à l’Énergie, Oumy Khaïry Diao Diop, a rappelé que la fin d’un programme de coopération ne devait pas signifier l’arrêt de la dynamique de réforme.
« Si un projet peut prendre fin, une ambition nationale, elle, doit se poursuivre », a-t-elle souligné, appelant les acteurs à assurer la pérennité des acquis et à poursuivre les chantiers engagés.
Parmi les principales priorités figure la finalisation du premier Plan intégré à moindre coût (PIMC), un instrument destiné à mieux planifier les investissements dans les capacités de production d’électricité en fonction des besoins du pays et des coûts associés. Selon les indications communiquées lors de la revue, son achèvement est envisagé pour décembre 2026.
L’adoption des règles du marché électrique et l’opérationnalisation du dispositif d’accès des tiers au réseau de transport constituent également des étapes attendues. Ces mécanismes doivent contribuer à préciser les conditions d’utilisation des infrastructures et à accompagner l’évolution de l’organisation du secteur.
Le parachèvement des textes d’application du Code de l’électricité reste, lui aussi, nécessaire pour consolider le cadre juridique et assurer une mise en œuvre effective des réformes.
Ces dossiers illustrent l’ampleur du travail qui reste à accomplir avant la clôture du Compact. Ils conditionnent également la capacité du Sénégal à disposer d’une planification énergétique plus cohérente et d’un environnement réglementaire plus lisible pour les opérateurs.
La régulation et l’exploitation du réseau en progrès
Sur le plan institutionnel, la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE) figure parmi les structures ayant bénéficié d’un appui important du programme. Le renforcement de son organisation, le développement de ses systèmes d’information et l’amélioration de ses outils de gestion ont constitué des axes majeurs de cet accompagnement.
Les réalisations présentées comprennent notamment le déploiement d’un système d’information et de gestion des données de régulation, la mise en place d’un système de management de la qualité, ainsi que des actions de communication menées dans dix régions du Sénégal.
Selon les responsables du Compact, la CRSE est passée de la huitième place au premier rang parmi 43 régulateurs africains évalués dans le cadre de l’indice ERI de la Banque africaine de développement (BAD).
Ce résultat a été salué par la chargée d’affaires de l’ambassade des États-Unis au Sénégal, Jennifer Davis Paguada, qui a mis en avant les progrès réalisés dans la réforme du secteur électrique et le renforcement des capacités de régulation.
Pour autant, le maintien de ces performances nécessitera la consolidation des compétences, la continuité des moyens d’action et l’utilisation effective des outils mis à la disposition de l’institution.
Senelec a également bénéficié d’un accompagnement visant à améliorer la gestion et la maintenance de ses infrastructures. Le développement d’un système d’information géographique, la centralisation des données et le déploiement d’applications mobiles pour le suivi des lignes de transport doivent contribuer à une meilleure gestion des actifs et à une plus grande disponibilité des équipements.
Des programmes de financement basés sur les résultats ont par ailleurs été développés pour encourager l’amélioration des performances de l’opérateur. L’acquisition d’engins lourds destinés à renforcer ses capacités opérationnelles est annoncée avant la fin du Compact.
L’enjeu sera désormais de convertir ces outils et investissements en améliorations durables de l’exploitation du réseau et de la qualité du service rendu aux usagers.
Un cadre plus attractif pour les investisseurs
Au-delà du renforcement des institutions et de la modernisation des infrastructures, les réformes engagées visent à créer des conditions plus favorables à l’investissement privé dans le secteur électrique.
Un cadre réglementaire plus clair, des mécanismes de régulation renforcés et une meilleure planification des besoins énergétiques sont susceptibles d’améliorer la visibilité des opérateurs et de faciliter la préparation des investissements nécessaires au développement du système électrique.
Lors de son allocution, Jennifer Davis Paguada a rappelé que le Compact Énergie représente un volet important du partenariat entre les États-Unis et le Sénégal. Elle a souligné qu’une électricité fiable constitue un facteur essentiel de développement économique, en soutenant les entreprises, les services de santé et les perspectives offertes aux jeunes.
L’investissement dans le réseau s’est ainsi accompagné d’un programme de réformes institutionnelles destiné à renforcer la viabilité financière du secteur et à améliorer son attractivité.
Toutefois, la concrétisation de ces objectifs dépendra de l’application effective des nouvelles règles, de la finalisation des outils de planification et de la capacité des acteurs à assurer la prévisibilité nécessaire aux décisions d’investissement.
L’après-Compact, un test pour les institutions nationales
À moins de cinq mois de la clôture du programme, la question de la pérennisation des acquis s’impose comme l’un des principaux enjeux de la réforme. Le Sénégal devra maintenir la dynamique engagée sans dépendre durablement de l’accompagnement extérieur qui a soutenu sa mise en œuvre.
Le directeur général du MCA-Sénégal II, Oumar Diop, a salué la mobilisation des équipes et la collaboration entre les différentes institutions impliquées, notamment le ministère chargé de l’Énergie, Senelec et la CRSE, ainsi que les équipes de la MCC au Sénégal et à Washington.
Cette coopération a permis, selon les responsables du programme, de faire progresser plusieurs volets de la réforme. La prochaine étape consistera à garantir l’appropriation nationale des outils développés, à préserver les compétences acquises et à assurer le suivi des engagements après la clôture du financement.
Représentant le ministre, Oumy Khaïry Diao Diop a insisté sur la nécessité d’inscrire les acquis dans la durée, conformément aux ambitions nationales de souveraineté énergétique et de transformation économique.
La Feuille de route Électricité 2035 entre ainsi dans une phase où les résultats devront être appréciés au-delà des textes adoptés et des dispositifs mis en place. La capacité des institutions à poursuivre les réformes, à planifier efficacement les investissements et à améliorer le fonctionnement du réseau sera déterminante.
Pour le Sénégal, le véritable défi consiste désormais à faire de ces avancées un socle durable pour le développement du secteur électrique. À l’horizon 2035, la réussite de la réforme se mesurera aussi à ses effets concrets sur les entreprises, les ménages et l’accès à une électricité fiable sur l’ensemble du territoire.
TE/Sf/APA





