Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Boubacar Camara, a défendu dimanche devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale un budget de 303,7 milliards FCFA pour 2027, axé sur la résorption des déficits d’infrastructures, la régularisation des bourses, le recrutement d’enseignants et l’ouverture de deux nouvelles universités.
En hausse de 2,7 milliards FCFA par rapport aux 301 milliards de l’exercice 2026, soit une progression de 0,9 %, cette enveloppe intervient dans un contexte marqué par la massification des effectifs, les retards récurrents du calendrier universitaire et les tensions autour des œuvres sociales. Elle vise à accompagner la transformation du système universitaire, conformément aux ambitions de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.
« Notre ambition pour 2027 tient en une phrase : consolider les acquis, corriger les insuffisances et accélérer la transformation de l’enseignement supérieur sénégalais », a déclaré Boubacar Camara devant les députés.
Le défi est de taille. Le Sénégal comptait 250 676 étudiants en 2025, dont près de 53 % de femmes, répartis entre neuf universités publiques, six Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP), six écoles d’ingénieurs et 298 établissements privés. La pression s’est davantage accentuée en 2026 avec 96 631 nouveaux bacheliers, soit une hausse de 25 % par rapport à l’année précédente.
Cette croissance des effectifs contraste avec les capacités d’accueil du système public, qui ne dispose que de 94 amphithéâtres et 791 salles de cours, représentant 65 833 places pour plus de 200 000 étudiants. Le taux d’accès à l’enseignement supérieur est ainsi passé de 1 505 étudiants pour 100 000 habitants en 2024 à 1 293 en 2025, loin de la référence de 2 000 fixée par l’UNESCO.
À cette insuffisance infrastructurelle s’ajoute le déficit d’encadrement, avec un enseignant permanent pour 58 étudiants, alors que le ministère vise un ratio d’un enseignant pour 50 étudiants à l’horizon 2029. Le recrutement de 500 enseignants-chercheurs et formateurs, engagé sur autorisation présidentielle, a permis de pourvoir 307 des 477 postes répartis entre quinze établissements.
Pour inverser cette tendance, le gouvernement prévoit de finaliser ces recrutements, avec une attention particulière accordée à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, à l’Université Iba Der Thiam de Thiès, à l’USSEIN et à plusieurs ISEP.
Deux nouvelles universités en ligne de mire
L’autre priorité concerne l’élargissement de la carte universitaire avec l’ouverture, en 2027, de l’Université Souleymane Niang de Matam et de l’Université du Sénégal oriental à Tambacounda. Une enveloppe de 4,7 milliards FCFA est prévue pour leur fonctionnement et celui des deux nouveaux centres régionaux des œuvres universitaires.
Le programme prévoit également la poursuite de la construction de huit ISEP, avec 21,6 milliards FCFA programmés en 2027 dans le cadre du projet ESPOIR-Jeunes, ainsi que deux milliards FCFA pour l’ISEP de Mbacké.
Sur le volet social, qui absorbe une part importante des ressources du secteur, le budget prévoit 79,1 milliards FCFA pour les bourses et 52,7 milliards FCFA de subventions aux centres des œuvres universitaires. Une dotation de trois milliards FCFA est également inscrite pour apurer une partie de la dette envers les repreneurs de la restauration, estimée à 19,9 milliards FCFA à fin 2025.
Le ministre entend toutefois engager une réforme du système d’attribution des allocations, notamment à travers l’interconnexion des fichiers des universités et de la Direction des bourses, ainsi que la suppression progressive des bourses accordées en dehors du cadre légal. L’objectif est de ramener la part des œuvres sociales dans le budget sectoriel de 46 % à 41,5 %, sans remettre en cause la vocation sociale des allocations.
La stabilisation du calendrier universitaire constitue également un enjeu majeur. Alors que les formations de licence prévues sur trois ans s’étendent encore fréquemment sur quatre ans ou davantage, le ministère table sur un retour à la normalité à l’horizon 2027-2028, grâce aux calendriers de rattrapage adoptés par les huit universités concernées.
La recherche, parent pauvre du budget
La recherche et l’innovation restent cependant confrontées à un déficit de financement. Avec 6,9 milliards FCFA prévus en 2027, le programme demeure faiblement doté, représentant environ 2 % du budget du département.
Boubacar Camara a notamment plaidé pour un renforcement des ressources consacrées au programme spatial SENSAT, aux fonds d’impulsion et de publication de la recherche, ainsi qu’aux structures nationales d’appui à l’innovation.
Le Sénégal entend parallèlement poursuivre son ambition spatiale avec la préparation du lancement de son deuxième satellite et de la constellation Ninki Nanka. La montée en puissance des plateformes scientifiques de la Cité du Savoir, notamment dans les domaines de la génétique, des biotechnologies, des nanosciences et de la physique nucléaire, figure également parmi les priorités.
Au-delà des investissements, le ministre a annoncé la poursuite des réformes de gouvernance, la dématérialisation des procédures et l’installation du Conseil national de la recherche et de l’innovation.
À l’horizon 2029, le département vise notamment 1 700 étudiants pour 100 000 habitants, 40 % d’étudiants dans les filières scientifiques et technologiques, un enseignant permanent pour 50 étudiants et un taux de réussite en licence de 75 %.
Pour Boubacar Camara, la réussite de cette transformation repose sur une articulation entre infrastructures, ressources humaines, réformes et maîtrise des dépenses. Il s’est engagé devant les députés à renforcer la transparence dans la gestion du secteur, à publier les rapports de performance et à maintenir le dialogue avec les acteurs universitaires.
TE/APA





