Le continent africain vient de franchir un cap décisif dans la gestion et la valorisation de son capital démographique. Réunie à Abidjan du 3 au 5 novembre 2026 dans les locaux de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), une large coalition internationale a officiellement adopté le « Pacte démographique africain ».
Ce dialogue de haut niveau, organisé sous les auspices du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), de l’Union africaine (UA) et de l’État ivoirien, a rassemblé des gouvernements, des parlementaires, des institutions financières, des partenaires au développement, la société civile, le secteur privé ainsi que des représentants de la jeunesse.
Tous ont partagé un constat d’urgence : investir massivement et immédiatement dans le capital démographique du continent pour capter le « dividende démographique » et accélérer la croissance économique de l’Afrique.
Les 7 engagements majeurs du Pacte d’Abidjan
Les résolutions de ce pacte historique ont été lues, ce jeudi 5 novembre 2026, par Nassénéba Touré, ministre ivoirienne de la Femme, de la Famille et de l’Enfant. Ce document s’aligne sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030, et s’articule autour de sept appels à l’action essentiels.
La conférence a appelé à investir durablement dans le capital humain en renforçant la santé, la nutrition, l’éducation et la protection sociale, tout en accordant une priorité absolue à la santé maternelle, néonatale et reproductive ainsi qu’à la prévention des violences sexistes.
Le deuxième point du Pacte recommande de placer les données au cœur du développement, en renforçant les systèmes nationaux de statistiques démographiques, tels que les recensements et l’état civil, tout en garantissant la souveraineté des données et la protection de la vie privée.
Pour transformer le potentiel de la jeunesse en prospérité et promouvoir l’égalité des sexes, le pacte préconise d’accélérer les investissements dans le travail décent, l’entrepreneuriat et les compétences numériques de demain, tout en supprimant les obstacles juridiques et économiques qui freinent l’éducation et la santé des femmes afin de libérer leur pleine contribution au développement.
Le pacte appelle à bâtir des sociétés résilientes grâce à des structures de santé et d’éducation inclusives maintenant les services essentiels en période de crise, tout en mobilisant des financements adéquats auprès des gouvernements, des institutions financières et du secteur privé pour optimiser les ressources nationales et adapter les analyses de viabilité de la dette.
Il recommande de garantir le suivi et la responsabilisation. Car, l’instauration d’un mécanisme d’examen transparent aux niveaux national et continental pour mesurer rigoureusement les progrès accomplis.
Passer des feuilles de route à l’action concrète
Le rapport final a salué le rôle moteur d’institutions clés telles que l’Union africaine, la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et l’UNFPA.
Avec une population estimée à environ 1,6 milliard d’habitants, dont 532 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans, l’Afrique dispose d’un atout unique au monde. Toutefois, comme l’ont rappelé les experts, ce potentiel ne se traduira pas automatiquement par de la prospérité.
Il exige des choix politiques courageux, des investissements soutenus et la création d’opportunités économiques réelles pour permettre aux populations de réaliser leurs aspirations.
La transformation démographique de l’Afrique s’opère en effet dans un contexte complexe, marqué par les bouleversements technologiques, le changement climatique, l’urbanisation rapide, les flux migratoires et les incertitudes économiques. Face à des réalités nationales diverses, les participants ont insisté sur la nécessité d’anticiper ces mutations plutôt que de simplement les subir.
Pour Diene Keita, directrice exécutive adjointe de l’UNFPA, le véritable défi réside désormais dans la capacité d’anticipation : « La véritable mesure du succès sera d’anticiper les changements démographiques plutôt que d’y réagir », a-t-elle affirmé, insistant sur le fait que les jeunes doivent être pleinement associés au cœur des processus de politiques publiques.
Représentant le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé, le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, a conclu les travaux en rappelant l’ampleur historique de cette transition. Alors que de nombreuses stratégies nationales existent déjà partout sur le continent, le grand défi sera l’application sur le terrain.
L’objectif ultime reste désormais que chaque État s’approprie pleinement ce pacte afin de traduire ces ambitions en résultats concrets, mesurables et durables pour les populations africaines.
AP/APA





