La Côte d’Ivoire vient de franchir un nouveau cap majeur dans sa politique de diversification énergétique. La centrale électrique à biomasse Biovéa a été officiellement inaugurée, ce jeudi 5 novembre 2026, à Ayébo, dans la région du Sud-Comoé, à proximité d’Aboisso (Sud-est ivoirien).
Cet événement d’envergure, placé sous la présidence du Premier ministre Robert Beugré Mambé, représenté par la ministre d’État Nialé Kaba, s’est déroulé en présence du ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly, des partenaires financiers, des porteurs du projet et des forces vives de la région.
Fruit d’une vision initiée dès 2007 par Davide Billon, président du Conseil d’administration de Biokala SA, cette infrastructure s’est concrétisée grâce à un partenariat public-privé (PPP) entre l’État ivoirien et des acteurs de premier plan tels qu’EDF, Meridiam et le groupe SIFCA.
Biovéa représente un investissement global de plus de 150 milliards de FCFA. Avec une capacité installée de 46 MW et une production annuelle estimée à 348 GWh, cette centrale est présentée comme la plus grande d’Afrique de l’Ouest dans sa catégorie.
Elle pourra alimenter environ 1,7 million de personnes en électricité renouvelable. Elle valorisera plus de 500 000 tonnes de résidus agricoles issus principalement de la filière du palmier à huile, transformant ainsi des ressources autrefois délaissées en une véritable richesse énergétique.
Des retombées économiques et sociales directes pour le monde agricole

Au-delà de sa dimension industrielle, Biovéa porte une forte ambition sociale et environnementale. Xavier de Charentenay, directeur général de Biovéa Énergie, a particulièrement insisté sur la place centrale des producteurs agricoles dans la réussite du projet. Cette centrale établit un lien inédit entre agriculture et production d’électricité, offrant de nouveaux débouchés économiques à quelque 12 000 planteurs locaux.
Sur le plan de l’emploi, l’exploitation du site va générer environ 200 emplois directs permanents, après un chantier de construction qui a mobilisé plus de 750 personnes issues des communautés locales depuis 2022. Xavier de Charentenay a également mis en avant les efforts consentis en matière de formation, de transfert de compétences et d’insertion des jeunes Ivoiriens dans les métiers techniques et industriels.
Pour Davide Billon, cette inauguration marque l’aboutissement d’une ambition longtemps jugée utopique : faire des résidus agricoles une source d’énergie propre, disponible de jour comme de nuit. En saluant la confiance des actionnaires et en rendant hommage aux planteurs du Sud-Comoé, il a célébré la concrétisation parfaite du principe de l’économie circulaire.
Du côté des populations, Eugène Aka Aouélé, président du Conseil régional du Sud-Comoé, a exprimé la profonde fierté de son territoire d’accueillir une telle infrastructure. Selon lui, Biovéa vient renforcer la vocation agricole et agro-industrielle de la région, tout en créant des opportunités d’affaires pour les sous-traitants et les entreprises locales.
Évoquant les progrès enregistrés dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures sous le leadership du président de la République Alassane Ouattara, le Dr Aka Aouélé a réaffirmé l’engagement du Conseil régional à accompagner les jeunes vers la qualification professionnelle afin qu’ils bénéficient pleinement des retombées de cette nouvelle dynamique industrielle.
Cap sur le mix énergétique : de nouveaux projets à Divo et Boundiali

Prenant la mesure des défis énergétiques nationaux, le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly a présenté Biovéa comme une avancée stratégique pour sécuriser l’approvisionnement électrique et diversifier le mix énergétique ivoirien. Face à une demande nationale en constante progression, le ministre a rappelé la nécessité d’accroître les capacités nationales tout en valorisant les ressources endogènes.
Dans cette perspective, il a annoncé la réalisation prochaine de deux autres projets de centrales à biomasse : l’une alimentée par les résidus de cacao à Divo (Ouest ivoirien), et l’autre par les résidus de coton à Boundiali (Nord). Il a également exhorté les responsables de Biovéa à veiller à la performance, à la disponibilité et à la pérennité technique des installations d’Aboisso.
En procédant officiellement à la mise en service de la centrale, la ministre d’État Nialé Kaba, cheffe de la diplomatie ivoirienne, a inscrit cette réalisation dans la vision gouvernementale d’une énergie moderne au service de la transformation économique et sociale.
Rappelant le bond spectaculaire du taux d’accès national à l’électricité, passé de 33 % en 2011 à plus de 99 % aujourd’hui, elle a souligné que Biovéa illustre parfaitement la volonté de la Côte d’Ivoire de concilier croissance économique et respect de l’environnement.
Les retombées globales intègrent la création de plus de 1 000 emplois indirects, la réutilisation des cendres de combustion comme fertilisant naturel pour les plantations, et surtout un impact écologique majeur : le projet permettra d’éviter l’émission d’environ 4,5 millions de tonnes de CO₂ sur ses 25 années d’exploitation, contribuant ainsi de manière concrète aux engagements climatiques du pays dans le cadre de l’Accord de Paris.
En clôturant la cérémonie, la ministre d’État a insisté sur la responsabilité des exploitants : garantir un approvisionnement durable en biomasse, assurer une rémunération juste et transparente aux producteurs et poursuivre le développement des compétences locales.
La ministre d’État Nialé Kaba, ministre des Affaires étrangères, a invité les populations à s’approprier et à protéger cet outil industriel d’exception, appelé à constituer un patrimoine économique précieux pour les générations futures.
AP/APA





