Le Burkina Faso, le Mali et le Niger renforcent leurs opérations militaires et leur coopération sécuritaire face à la persistance des groupes jihadistes. La création d’une force militaire commune, le partage du renseignement, la réorganisation des commandements et la coordination des services de sécurité figurent parmi les mesures engagées par les trois pays, confrontés à des attaques récurrentes sur leurs territoires.
Au Mali, les attaques coordonnées du 25 avril 2026, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et menées avec la participation du Front de libération de l’Azawad (FLA), ont visé notamment Bamako, Kati, Sévaré, Gao et Kidal. Le ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, a été tué lors de ces événements.
L’armée malienne a engagé une contre-offensive dès le jour des attaques. Dans un bilan publié le 4 mai, l’état-major a annoncé avoir neutralisé plus d’une centaine de combattants en moins d’une semaine, notamment dans la région de Mopti. Cette riposte s’est accompagnée d’une réorganisation de la chaîne de commandement militaire et de nouvelles nominations au sein de l’état-major et des commandements opérationnels.
Dans le nord du pays, les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires russes, ont lancé le 6 octobre des opérations aéroterrestres dans la région de Kidal, dans le cadre de la réadaptation du dispositif de l’opération Dougoukoloko. Les opérations visaient à traquer les groupes armés et à détruire leurs sanctuaires et leurs réseaux d’approvisionnement.
Le 7 octobre, l’armée malienne et ses partenaires russes ont repris Kidal, perdue en avril, après l’annonce du retrait des combattants rebelles de la ville. Cette reprise constitue un développement majeur dans le dispositif militaire malien dans le nord du pays, où les forces gouvernementales restent confrontées aux groupes armés.
Au Burkina Faso, les autorités misent sur l’intensification des opérations offensives et la mobilisation des différentes composantes des forces de sécurité. Entre fin décembre 2025 et la mi-février 2026, les unités du Bataillon d’intervention rapide (BIR) et de la Force spéciale d’action et de combat (FORSATEC), appuyées par des moyens aériens et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), ont conduit plusieurs opérations contre des groupes armés. Les bilans communiqués par les autorités font état de combattants neutralisés et de saisies d’armes et de matériel.
Les opérations ont notamment mobilisé des frappes d’artillerie, des reconnaissances offensives, des embuscades et des interventions contre des bases de groupes armés. Les forces burkinabè ont également adapté leurs dispositifs à certaines tactiques des assaillants, notamment l’utilisation de mini-drones destinés au largage de projectiles.
Le pays a par ailleurs conduit l’opération nationale de sécurisation Wibga II, du 28 avril au 22 juin 2026. Selon le bilan présenté par les autorités le 8 juillet, cette opération a mobilisé 36 810 agents des Forces de sécurité intérieure dans les treize régions du pays. Elle a donné lieu à 1 798 interpellations, dont 625 personnes déférées devant les juridictions compétentes, ainsi qu’à des saisies d’armes, de munitions, d’explosifs, de drogues et d’autres produits illicites.
Au Niger, les Forces de défense et de sécurité poursuivent également leurs opérations sur plusieurs fronts. Dans la région de Tahoua, la base aérienne 401 de l’aéroport a été attaquée dans la nuit du 8 au 9 mars 2026 par des individus armés arrivés à motos. La riposte des forces nigériennes a contraint les assaillants à se replier. Plusieurs ont été neutralisés et cinq suspects arrêtés. Les autorités ont ensuite annoncé la poursuite des opérations de ratissage.
Durant la première quinzaine de septembre, les forces nigériennes ont mené des opérations dans les régions de Dosso et de Diffa. Dans la zone de Kabéri, des sites utilisés comme refuges et lieux de regroupement par des hommes armés ont été détruits. À Diffa, des opérations conduites dans le cadre du dispositif Naléwa Dolé ont abouti à l’arrestation de membres présumés de Boko Haram, de guetteurs et de personnes soupçonnées d’être impliquées dans la pose d’engins explosifs improvisés. Deux anciens membres de Boko Haram se sont également rendus aux forces de sécurité à Bosso.
Au-delà des opérations nationales, le Burkina Faso, le Mali et le Niger renforcent leur coopération militaire au sein de la Confédération des États du Sahel (AES). La Force unifiée, annoncée en janvier 2025 avec un effectif initial de 5 000 hommes, a été officiellement présentée le 20 décembre de la même année à Bamako. Elle vise à coordonner les opérations des trois armées et à mutualiser leurs moyens humains, matériels et de renseignement.
Les chefs d’état-major des trois pays se sont réunis à Ouagadougou les 16 et 17 avril 2026 pour examiner les orientations stratégiques de cette force et renforcer ses capacités opérationnelles. Le 10 juillet, le président burkinabè, Ibrahim Traoré, a de nouveau appelé à accélérer sa montée en puissance lors d’une rencontre avec les ministres de la Défense des trois États.
La coopération s’étend également aux services de sécurité intérieure. Le 1er juillet, les ministres chargés de la Sécurité se sont réunis à Ouagadougou pour renforcer la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière. Les responsables des polices ont poursuivi ces travaux les 16 et 17 juillet, en mettant l’accent sur le partage du renseignement, la coordination opérationnelle et l’harmonisation des contrôles aux frontières.
Les 16 et 17 septembre, les trois pays ont également travaillé à Ouagadougou à la mise en place d’un cadre commun de coopération transfrontalière. Ce mécanisme doit favoriser la concertation entre les administrations des régions frontalières, le partage d’informations et la coordination des interventions, tout en prenant en compte les enjeux de mobilité, de commerce et de prévention des conflits.
Malgré ces initiatives, les attaques contre les forces armées et les positions stratégiques se poursuivent. Au Niger, l’attaque du 18 juin contre l’aéroport international Diori Hamani de Niamey a conduit les autorités de l’AES à réaffirmer leur solidarité avec le pays. En juillet, de nouvelles attaques contre des militaires au Niger et au Mali ont également suscité une condamnation de l’Union africaine.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont créé l’Alliance des États du Sahel en septembre 2023, avant de la transformer en confédération en juillet 2024. La défense et la sécurité figurent parmi les principaux axes de leur coopération, dans un contexte marqué par la persistance du JNIM, de l’État islamique au Sahel et d’autres groupes armés. La multiplication des opérations militaires et des mécanismes communs témoigne de l’ampleur des moyens mobilisés, alors que la sécurisation durable des territoires et la protection des populations restent des défis majeurs.
AC/Sf/APA





