Le 2 octobre 2026, le ministère ivoirien de l’Environnement et de la Transition écologique a signé un accord avec TerraKora AI, une start-up ivoirienne spécialisée dans l’IA et les technologies géospatiales appliquées à la gestion environnementale. Le partenariat doit permettre de produire des données fiables sur l’évolution des écosystèmes, notamment forestiers, afin de mieux orienter les politiques de conservation et de restauration des forêts. Ce dispositif bénéficiera également aux filières agricoles et au marché du carbone, tout en renforçant l’écosystème ivoirien de l’IA.
La restauration du couvert forestier figure parmi les priorités environnementales de la Côte d’Ivoire, qui cherche parallèlement à structurer une filière nationale de l’IA. Signé le 2 octobre 2026 par TerraKora AI Côte d’Ivoire et Abou Bamba, ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, un protocole d’accord-cadre associe ces deux objectifs. TerraKora AI est une start-up ivoirienne spécialisée dans l’IA et les technologies géospatiales appliquées à la gestion environnementale, au marché du carbone et à la restauration des terres.
Cartographier les sols, suivre les écosystèmes
Prévu pour une durée initiale de 24 mois, l’accord doit renforcer les moyens de suivi des écosystèmes en Côte d’Ivoire grâce à « des technologies permettant de produire des données environnementales fiables et régulièrement actualisées ». Le dispositif reposera sur l’analyse de données satellitaires et de relevés de terrain par des outils d’IA, avec l’appui du Centre d’information géographique et du numérique du BNETD (Bureau national d’études techniques et de développement).
Ce traitement servira à cartographier les sols, à suivre l’évolution des écosystèmes et à évaluer les stocks de carbone. Ces informations pourront orienter les décisions publiques et contribuer à mobiliser des financements pour préserver et restaurer les forêts.
De la déforestation à la restauration
Depuis l’indépendance, l’expansion agricole a entraîné un recul marqué du couvert forestier en Côte d’Ivoire. En 1960, il représentait entre 12 et 16 millions d’hectares, soit de 38 % à 50 % du territoire national. En 1990, la forêt ne couvrait plus que 7,85 millions d’hectares, puis 3,4 millions en 2015, soit respectivement 24,3 % et 10,6 % du territoire national.
En 2011, et avec l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire pays a renforcé ses politiques forestière et environnementale, notamment via le mécanisme international REDD+, destiné à réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts. En 2014, le gouvernement a intégré ce dispositif au cadre juridique national. Ces mesures ont freiné la déforestation, mais sans l’endiguer. En 2021, l’Inventaire forestier et faunique national estimait le couvert forestier à 2,97 millions d’hectares, soit 9,2 % du territoire.
Face à cette poursuite de l’érosion forestière, le gouvernement a fait de la restauration forestière une priorité nationale. En 2019, le gouvernement ivoirien a ainsi adopté un nouveau Code forestier et lancé la Stratégie de préservation, de réhabilitation et d’extension des forêts (SPREF). Présenté en mai 2026, le Plan national de développement (PND) 2026-2030 renforce encore la place de cette stratégie dans la planification économique nationale. Les programmes de reboisement, de restauration des forêts classées et d’agroforesterie doivent contribuer à ramener le couvert forestier à 20 % du territoire d’ici à 2030.
L’IA au service des politiques publiques
Ce partenariat conclu avec TerraKora AI vient soutenir directement les efforts de restauration des forêts. L’Inventaire forestier de 2021 avait déjà souligné la nécessité de renforcer le suivi des forêts et de la faune pour mieux orienter les politiques de conservation. La Côte d’Ivoire figure d’ailleurs parmi les pays africains bien positionnés en matière de politique environnementale. Dans l’édition 2024 de l’Indice de performance environnementale (EPI) de l’université Yale, la Côte d’Ivoire se classait au 12e rang des 51 pays africains évalués, avec un score de 42,9 sur 100. Elle occupait la deuxième place en Afrique de l’Ouest, derrière le Sénégal.
Le dispositif doit également améliorer le suivi des filières du cacao, du café, de l’anacarde et de l’hévéa. Les outils de TerraKora AI doivent permettre de mieux documenter les pratiques agroforestières et de contribuer à la traçabilité des productions. Ces outils pourront également fournir au marché du carbone ivoirien des données pour la mesure, au rapportage et à la vérification (MRV) des résultats. Elles doivent contribuer à fiabiliser le suivi des projets de réduction des émissions et de séquestration du carbone.
Au-delà de ses applications environnementales, l’accord participe à une autre ambition : mobiliser l’IA pour améliorer l’action publique et renforcer les solutions numériques locales tout en réduisant la dépendance aux technologies étrangères. En mars 2025, le gouvernement a donc présenté sa Stratégie nationale de l’intelligence artificielle pour 2030 : elle vise à développer un écosystème ivoirien de l’IA, à renforcer les compétences locales et à promouvoir des usages inclusifs, responsables et éthiques de cette technologie.
AC/APA





