Human Rights Watch (HRW) a appelé les gouvernements africains participant au programme américain d’expulsion de migrants vers des pays tiers à suspendre ou à résilier leurs accords avec Washington, estimant que ces dispositifs favorisent des violations des droits humains des migrants et des demandeurs d’asile concernés.
Dans un rapport publié vendredi, l’organisation de défense des droits humains, Human Rights Watch (HRW) affirme que les pays africains qui accueillent des personnes expulsées des États-Unis contribuent à une politique qui prive les intéressés de possibilités réelles de contester leur renvoi et les expose, dans certains cas, à des persécutions, à la torture ou à une nouvelle expulsion vers des pays qu’ils avaient précédemment fui.
« Le gouvernement américain utilise ces accords pour se soustraire à ses responsabilités et priver les personnes concernées de leur droit à une procédure régulière. Les gouvernements africains qui y ont souscrit devraient donc les résilier ou les suspendre », a déclaré Michael Garcia Bochenek, directeur par intérim du programme américain de HRW.
Intitulé « To Scare People: US Expulsions of Third-Country Nationals to Countries in Africa -Pour semer la peur : expulsions de ressortissants de pays tiers par les États-Unis vers des pays africains- », le rapport de 125 pages examine le parcours de plus de 500 personnes transférées dans le cadre de ce programme. Il s’appuie notamment sur des entretiens menés entre février et juillet 2026 avec 24 personnes expulsées vers le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo (RDC), la Guinée équatoriale, l’Eswatini et le Soudan du Sud.
Selon HRW, les autorités américaines expulsent régulièrement des personnes vers des pays où elles n’ont jamais vécu, sans leur donner une possibilité réelle de contester leur transfert ou d’exposer les risques qu’elles encourent.
L’organisation a également documenté des cas dans lesquels les pays d’accueil ont placé arbitrairement des personnes expulsées en détention ou facilité leur renvoi vers des territoires où elles risquaient des persécutions ou des actes de torture, en violation du principe de non-refoulement consacré par le droit international.
Le rapport indique que certaines personnes transférées étaient des réfugiés ou des demandeurs d’asile qui avaient déjà obtenu une protection contre leur renvoi vers leur pays d’origine en raison de risques avérés de mauvais traitements.
HRW affirme par ailleurs qu’au moins douze personnes se déclarant lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres (LGBT) ont été envoyées dans des pays africains où les relations ou les actes sexuels entre personnes de même sexe sont criminalisés. Ces personnes se retrouvent ainsi dans l’impossibilité de rentrer chez elles en toute sécurité, sans bénéficier pour autant d’une protection effective dans les pays d’accueil.
Les personnes interrogées ont également décrit des conditions difficiles lors de leur expulsion des États-Unis. Elles affirment avoir été menottées pendant de longues périodes, avoir reçu peu d’informations sur leur destination et, dans certains cas, avoir été privées de médicaments ou de soins pour des problèmes de santé graves après leur arrivée.
HRW a appelé les gouvernements africains concernés à respecter leurs obligations internationales en matière de protection des droits humains.
« Plusieurs de ces gouvernements africains ne se rendent pas seulement complices des abus commis par les États-Unis : ils ont également eux-mêmes violé les droits humains des personnes expulsées », a déclaré M. Bochenek.
L’organisation demande aux pays qui accueillent ces personnes de veiller à ce qu’elles ne soient pas détenues sans fondement légal et qu’elles ne soient pas renvoyées vers des territoires où elles risquent des persécutions, la torture ou d’autres atteintes graves.
Ces critiques interviennent alors que l’administration du président Donald Trump intensifie le recours aux expulsions vers des pays tiers dans le cadre de sa politique plus large d’expulsions massives.
Ce dispositif concerne des migrants qui ne peuvent être renvoyés dans leur pays d’origine, notamment lorsque des juridictions ou des autorités chargées de l’immigration ont reconnu qu’ils risquaient d’y subir des persécutions, des actes de torture ou d’autres préjudices graves. Ils sont alors transférés vers des pays tiers disposés à les accueillir.
Cette politique a pris de l’ampleur lorsque l’administration américaine a cherché d’autres moyens d’expulser des migrants dont le renvoi était compliqué par des protections juridiques, des obstacles diplomatiques ou le refus de leur pays d’origine de les reprendre.
La légalité du dispositif fait désormais l’objet d’un examen judiciaire aux États-Unis.
La Cour suprême américaine devrait entendre en décembre les arguments portant sur la conformité de ces expulsions aux garanties constitutionnelles d’une procédure régulière et aux dispositions légales interdisant le renvoi de personnes vers des pays où elles risquent la torture. La juridiction a autorisé le maintien du programme pendant l’examen de l’affaire.
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