Le président nigérian Bola Tinubu a appelé à une nouvelle dynamique continentale visant à mettre fin à l’exploitation des ressources minérales critiques de l’Afrique au profit d’intérêts extérieurs.
S’exprimant par la voix de son vice-président, Kashim Shettima, lors de la troisième table ronde de haut niveau de l’Africa Minerals Strategy Group (AMSG) consacrée au développement des minerais critiques en Afrique, le président nigérian a exhorté les nations africaines à s’unir pour mettre fin à l’exportation des matières premières à l’état brut.
Il a plaidé pour une alliance renforcée entre les pays africains afin que le continent passe du statut de simple fournisseur de minerais bruts à celui de pôle de transformation locale, de fabrication et de création de valeur ajoutée.
M. Tinubu a estimé que l’Afrique ne pouvait prétendre à la prospérité alors que ses populations vivent dans la pauvreté à proximité de mines qui contribuent à enrichir le reste du monde.
« Depuis des générations, l’Afrique fournit les matériaux de la prospérité ailleurs. Notre devoir est de veiller à ce que l’avenir façonné à partir des minéraux africains réponde aux ambitions africaines », a-t-il déclaré.
Le président nigérian a déploré que les communautés vivant à proximité des zones riches en minerais manquent d’infrastructures et d’emplois et ne bénéficient pas suffisamment des retombées de leurs propres ressources.
Cette situation perdure alors même que la demande mondiale en énergies propres, en intelligence artificielle (IA) et en technologies de fabrication avancées accroît l’importance des minerais critiques africains dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et pour la sécurité économique.
Pour répondre à cette situation, a-t-il souligné, l’Afrique doit investir dans « la transformation, le raffinage, la production de batteries et de composants, ainsi que dans le développement de technologies et de compétences africaines compétitives ».
« La valeur d’une mine doit se mesurer à l’aune des vies qu’elle améliore », a-t-il affirmé.
Selon lui, les emplois, les industries, les infrastructures, le transfert de technologies, la participation des entreprises africaines et la prospérité durable doivent constituer les principaux indicateurs permettant d’évaluer les progrès réalisés, de l’exploitation des ressources à la création de richesse.
M. Tinubu a toutefois averti qu’aucun pays africain ne pouvait atteindre ces objectifs seul. Il a estimé que la concurrence fondée sur la réduction des redevances, l’assouplissement des exigences en matière de contenu local et l’octroi de concessions excessives risquait d’affaiblir le pouvoir de négociation du continent.
« La fragmentation nous condamne à exporter des matières premières et à acheter des produits finis à prix fort. La coopération confère à nos marchés une taille critique, à nos industries une intégration accrue, à nos financements une plus grande portée et à nos négociations une autorité renforcée », a-t-il déclaré.
Il a précisé que le Nigéria exigeait désormais une création de valeur ajoutée locale pour l’octroi de nouveaux permis miniers. Le pays entend également renforcer les données géologiques et l’accès des investisseurs aux informations, structurer les mineurs artisanaux en coopératives, lutter contre l’exploitation minière illégale et améliorer la responsabilité réglementaire.
Selon M. Tinubu, les recettes du secteur minier sont passées d’environ 6 milliards de nairas en 2023 à plus de 38 milliards de nairas en 2024 et devraient atteindre entre 68,1 et 70 milliards de nairas en 2025.
« Les engagements majeurs en matière d’investissements étrangers ainsi que les capacités de transformation du lithium à grande échelle, développées et mises en service dans l’État de Nasarawa, illustrent le potentiel existant », a-t-il déclaré.
Le président nigérian a également mis en avant l’orientation de la politique minière de son administration, selon laquelle les minerais extraits au Nigeria doivent contribuer au développement des industries, des travailleurs, des compétences et des communautés du pays.
Il a affirmé que les réformes engagées démontraient que « des conditions fermes peuvent attirer des capitaux sérieux ».
M. Tinubu a appelé à la conclusion de « partenariats fiables fondés sur l’avantage mutuel, la responsabilité partagée, l’égalité souveraine et le respect de nos priorités », notamment à travers un accès équitable aux marchés, des investissements industriels et des partenariats technologiques destinés à renforcer les capacités africaines.
Le dirigeant nigérian a exhorté les pays membres de l’AMSG à parler d’une seule voix pour promouvoir les intérêts collectifs de l’Afrique, soulignant que la fiabilité ne devait jamais être synonyme de dépendance et que le partenariat ne devait pas se traduire par une relation inégale.
S’agissant de la Déclaration sur l’intégration continentale et la sécurité économique, adoptée et signée lors de la table ronde, il a estimé qu’elle devait contribuer à instaurer un environnement prévisible et propice aux investissements dans les corridors de minerais stratégiques du continent.
Il a également souligné que la portée de cette déclaration devait aller au-delà de la cérémonie de signature, grâce à un programme contraignant comprenant des échéanciers, des mécanismes de financement, des mesures concrètes de mise en œuvre et des mécanismes de reddition de comptes.
M. Tinubu a encouragé les nations africaines à préciser leurs contributions nationales et régionales, tandis que les institutions de financement du développement et les investisseurs souverains devraient, selon lui, proposer des plateformes de financement adaptées.
En ouvrant la table ronde, le dirigeant nigérian a ainsi appelé à la mise en place d’une alliance dynamique destinée à permettre au continent de mieux conserver la valeur issue de ses ressources minérales.
Organisée en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU), la table ronde a été convoquée et présidée par le vice-président du Nigeria, représentant le président Tinubu, aux côtés du président de l’AMSG et ministre nigérian des Minerais solides, Dele Alake.
Selon un rapport de l’Agence de presse nigériane (NAN), la rencontre avait pour thème : « Des ressources à la richesse : coopération continentale pour la création de valeur ajoutée minière, la souveraineté des données, le financement innovant et la sécurité des minerais critiques ».
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