Les agences des Nations Unies ont averti, vendredi, que le transport des dépouilles entre différentes localités de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), pour permettre leur inhumation dans leur communauté d’origine, constitue l’un des principaux facteurs de risque d’extension de l’épidémie d’Ebola.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le transfert des dépouilles pour inhumation dans leur communauté d’origine en RDC, une pratique profondément ancrée dans les traditions funéraires, complique les efforts de riposte en favorisant de nouvelles chaînes de transmission du virus.
« Lorsqu’ils sont sur le point de mourir, les proches essaient de venir récupérer les corps et de les ramener dans leur propre communauté afin de leur offrir un enterrement digne », a expliqué le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, lors d’un point de presse à Genève.
Cette mise en garde intervient alors que l’épidémie est devenue la troisième plus importante jamais enregistrée. Depuis son apparition, 2 273 cas ont été recensés, dont 796 décès. Selon l’OMS, elle progresse plus rapidement que les précédentes flambées au cours de leur premier mois.
Plus de 80 % des nouvelles infections liées à la souche Bundibugyo sont détectées en dehors des listes de contacts connues. Cette situation révèle l’existence de chaînes de transmission qui échappent encore à la surveillance sanitaire.
Les agences onusiennes soulignent que près de deux tiers des victimes meurent au sein des communautés, sans avoir été prises en charge dans un établissement de santé. Or, le virus Ebola reste hautement contagieux après le décès, faisant de la gestion des dépouilles un enjeu majeur de santé publique.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) indique que certaines familles hésitent encore à signaler les cas suspects ou à confier les corps aux équipes chargées des inhumations sécurisées.
« Si nous ne gérons pas correctement les corps, si nous n’impliquons pas la communauté, cela signifie qu’il y aura davantage de propagation au sein de la population », a averti Andrew Mbala, expert de l’OIM.
Selon lui, des résistances communautaires et des agressions contre les équipes d’intervention ont déjà été signalées. Il a notamment évoqué un incident dans la province de la Tshopo, où la manipulation d’une dépouille a favorisé la propagation du virus vers une autre province.
Face à cette menace, l’OIM intervient dès qu’un transfert de corps est signalé sur un corridor de mobilité. Les équipes alertent les autorités sanitaires et l’OMS, qui procèdent aux prélèvements et au dépistage avant d’assurer des inhumations sécurisées.
L’organisation affirme n’avoir recensé aucun transfert de dépouilles vers les pays voisins. En revanche, les déplacements de corps à l’intérieur de la RDC restent fréquents et pourraient favoriser l’apparition de nouveaux foyers si les protocoles sanitaires ne sont pas respectés.
Pour limiter ce risque, l’OIM renforce la surveillance des principaux axes de mobilité et croise les données recueillies avec les listes de contacts établies par les autorités sanitaires, une stratégie qui a déjà permis d’identifier plusieurs cas positifs.
ARD/Sf/APA







