En déplacement officiel en Allemagne, le président Abdelmadjid Tebboune a cherché à projeter l’image d’une Algérie stable, souveraine et attractive, malgré plusieurs zones d’ombre notamment sur les libertés publiques, la concrétisation des partenariats et la capacité du pays à transformer ses ambitions en résultats tangibles.
La conférence de presse conjointe tenue jeudi à Berlin par le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le chancelier allemand Friedrich Merz avait pour objectif de mettre en scène le renforcement du partenariat entre les deux pays. Si le chef de l’État algérien a multiplié les déclarations sur la qualité des relations bilatérales et les perspectives de coopération, cette séquence a également mis en lumière les limites du discours officiel algérien face aux sujets les plus sensibles.
Dès les premières questions, Abdelmadjid Tebboune a refusé de commenter le cas du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en Algérie à sept ans de prison pour des faits qualifiés par la justice d’«apologie du terrorisme» Invoquant le «respect de la justice algérienne», il a déclaré ne pas vouloir répondre à cette question hors du territoire national.
Cette réponse, loin d’apaiser les interrogations, illustre la difficulté persistante des autorités algériennes à répondre aux critiques internationales concernant la liberté de la presse et l’indépendance du système judiciaire. Le dossier Gleizes continue d’alimenter les préoccupations de nombreuses organisations de défense des droits humains et pèse sur l’image du pays auprès de plusieurs partenaires européens.
Sur le plan diplomatique, Tebboune a présenté les relations avec Berlin comme un modèle de stabilité depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, affirmant qu’elles n’avaient connu «aucun conflit». Si l’Allemagne demeure effectivement un partenaire économique important, cette rhétorique contraste avec une réalité plus nuancée.
Les échanges commerciaux restent concentrés sur quelques secteurs stratégiques, tandis que plusieurs projets annoncés ces dernières années peinent encore à produire des effets industriels significatifs. Les ambitions affichées autour de l’hydrogène vert ou des investissements manufacturiers restent, à ce stade, largement dépendantes des financements, des infrastructures et de l’amélioration du climat des affaires.
Le président algérien a également annoncé le développement d’un institut consacré aux thérapies par cellules géniques avec l’appui de l’expertise allemande. Cette initiative illustre la volonté d’élargir la coopération au-delà des hydrocarbures. Toutefois, comme de nombreux grands projets lancés ces dernières années, sa réussite dépendra moins des annonces politiques que de la capacité de l’administration à assurer leur financement, leur gouvernance et leur mise en œuvre effective.
Au-delà des effets d’annonce, cette visite berlinoise s’inscrit surtout dans la stratégie d’Alger visant à diversifier ses partenariats européens dans un contexte géopolitique marqué par la recomposition des marchés énergétiques. Pour l’Allemagne, confrontée à la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement depuis la guerre en Ukraine, l’Algérie représente un fournisseur potentiel de gaz et, à plus long terme, d’hydrogène.
Pour Alger, cette relation constitue une opportunité diplomatique et économique, mais elle ne saurait masquer les défis structurels qui continuent de freiner l’attractivité du pays : lourdeurs administratives, faible diversification économique, incertitudes réglementaires et préoccupations récurrentes sur les libertés publiques.
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